OPINION. « Violences sexuelles sur mineurs : et si on changeait intégralement notre engagement ? », par Driss Aït Youssef, docteur en droit public

Driss Aït Youssef, docteur en droit public.
LTD/DR

Driss Aït Youssef, docteur en droit public.
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En mai 2024, cent personnalités réclamaient, dans le sillage plus large de #MeToo, une loi intégrale contre les violences sexuelles. Cette mobilisation, qui a réuni plus de 250 000 signatures, trouve aujourd’hui un débouché politique, porté par l’émotion suscitée par le meurtre de Lyhanna, violée et tuée à l’âge de 11 ans. Entre 2016 et 2025, le nombre de mineurs victimes de viol et tentative de viol enregistré par les services de police et de gendarmerie a plus que triplé, passant de 7 609 à 25 786 soit une progression de + 239 %.
Cette hausse s’est accélérée entre 2024 (23 874) et 2 025 (25 786) avec une hausse de + 8 % au même rythme que la progression tous âges confondus + 9 % sur la même période. La part des mineurs dans les infractions de viols et de tentatives de viols est de près de 52 %.
Devant l’émotion suscitée par ce drame, le gouvernement a décidé de remettre très rapidement à l’ordre du jour la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles déposée le 2 décembre 2025.
Comme la loi organique espagnole 1/2004 (Ley Orgánica de medidas de protección integral contra la violencia de género), votée un peu plus de vingt ans plus tôt par nos voisins, ce projet repose sur un dispositif intégral fondé sur quatre piliers : la prévention, la protection, la réparation de la victime, et la poursuite de l’infraction.
S’agissant des violences sexuelles sur les mineurs, la situation impose un peu de lucidité. L’État n’a plus les moyens d’agir seul, et ses principaux partenaires sont au bord de l’asphyxie. L’Aide sociale à l’enfance (ASE), qui dépend du département, est à bout de souffle. Elle ne parvient même plus à pourvoir les postes vacants, quand ceux-ci ne sont pas purement et simplement supprimés faute de moyens.
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Pire encore, le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance, publié en avril 2025, estime à 15 000 le nombre de mineurs victimes de prostitution en France, en grande majorité des enfants placés à l’ASE. L’association Union pour l’enfance révèle que près d’un jeune sur deux aurait subi, avant ou pendant son placement, des violences sexuelles.
C’est par exemple le cas d’une enfant de 12 ans, amie de la fille de Jérôme Barella, auteur présumé du viol et du meurtre de Lyhanna. Cette jeune fille placée à l’ASE, a déclaré avoir fait l’objet, à de nombreuses reprises, d’attouchements sexuels de la part de ce dernier lors de soirées pyjama. Il aura fallu plusieurs mois après les faits pour que l’autorité judiciaire soit informée.
L’Éducation nationale, qui devrait être un lieu d’apprentissage mais surtout un refuge pour les enfants, manque aussi cruellement de moyens de détection, à commencer par les psychologues.
En 2024, la France comptait environ 12 millions d’élèves dans les premier et second degrés pour quelque 7 700 psychologues, soit un psychologue pour environ 1 600 élèves. C’est dire l’ampleur des moyens qu’il faudrait débloquer pour que l’attachement affiché du personnel politique à la protection de la jeunesse cesse d’être un simple slogan.
Il est temps de sortir de l’hypocrisie collective qui consiste à voter des lois protectrices sans jamais leur donner les moyens de protéger. La loi intégrale ne sera pas jugée sur ses intentions, mais sur les postes créés, les budgets votés, les enfants réellement mis à l’abri. À défaut, elle ne sera qu’un voile intégral en apparence jeté sur l’incurie de l’État. Nos enfants méritent mieux qu’un sursaut d’indignation entre deux drames.