Iran : le festival des menteurs et des lâches. La chronique de François Clemenceau

Découvrez la dernière chronique de François Clemenceau.
LTD/Fabien Clairefond

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Qui se souvient de la réaction de Vladimir Poutine au lendemain du refus de Barack Obama de bombarder le régime syrien qui venait de gazer son propre peuple ? Fort habilement, la Russie s’imposa pour proposer un démantèlement des armes chimiques de Bachar El-Assad et en profita parallèlement pour augmenter son soutien aux forces syriennes dans leur lutte contre l’opposition et les rebelles islamistes.
Depuis trois semaines, alors que l’armée russe pulvérise une par une les centrales thermiques ukrainiennes afin de faire mourir de froid les populations civiles, Donald Trump se demande s’il faut ou non frapper l’Iran qui martyrise des centaines de manifestants réclamant leur accès à la prospérité et aux libertés élémentaires.
Le Kremlin est évidemment resté silencieux sur la répression sanglante menée par son allié iranien contre les révoltés. Mais il aura suffi que Donald Trump laisse entendre qu’il ne punirait pas l’Iran tout en gardant ses options sur la table pour que Moscou se faufile à nouveau dans cet espace de manœuvre.
Les coups de fil, vendredi, de Vladimir Poutine au président iranien et au Premier ministre israélien ont été décrits par ses services comme des « efforts » visant à entamer une « désescalade » dans les tensions en cours dans la région. Jeudi, au Conseil de sécurité de l’ONU, l’ambassadeur russe Vassili Nebenzia évoquait la nécessité pour les États-Unis de « respecter le droit international » et de ne pas « violer l’interdiction, inscrite dans la Charte des Nations unies, du recours à la force ou de la menace de l’utiliser ».
Allez-vous le croire ? C’est ce même diplomate qui, le 23 février 2022, à quelques heures de l’invasion massive de l’Ukraine par les forces russes, et alors qu’il dirigeait les travaux de ce même Conseil, répondait à son collègue ukrainien qu’il n’allait tout de même pas « réveiller Sergueï Lavrov », le chef de la diplomatie russe, pour une « simple opération militaire contre la junte en place à Kiev »…
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Et que dire de l’attitude de la Chine de Xi Jinping tout au long de ces trois dernières semaines qui ont vu tant de sang couler dans les rues des grandes villes iraniennes ? Aucune condamnation publique bien entendu : l’allié, créancier et client du régime des mollahs n’allait tout de même pas froncer des sourcils contre une République islamique qui n’a jamais bronché de son côté contre le massacre et la mise au pas des Ouïgours musulmans du Xinjiang.
Quand on appartient à des organisations aussi importantes que l’Organisation de coopération de Shanghai et les Brics – avec l’autre grand allié commun russe –, on ne va pas se fâcher pour si peu, alors que l’Iran n’a pourtant jamais compté, en si peu de temps, un si grand nombre de morts, victimes du régime et non d’une intervention extérieure. Non, ce qui inquiétait au plus haut point Pékin en cette fin de semaine, c’était la négociation finale entre Taïwan et les États-Unis sur l’abaissement des droits de douane américains en échange d’un investissement taïwanais de 250 milliards de dollars dans l’industrie des semi-conducteurs sur le sol américain.
À force de menacer Taïwan de la reprendre par la force, de consacrer des sommes équivalentes en dépenses militaires contre son voisin dont le seul tort est d’être une démocratie, c’est le genre de déconvenues auxquelles devaient s’attendre les héritiers des massacreurs de la place Tian’anmen.
Nos confrères du New York Times écrivaient jeudi que Donald Trump aurait été freiné dans sa volonté de bombarder les responsables de la répression en Iran par Israël et l’Arabie saoudite. Leurs dirigeants auraient plaidé la retenue en raison des conséquences imprévisibles de telles frappes sur la stabilité du Moyen-Orient. Les émirats du Golfe auraient fait part également à Washington et Téhéran de leur souhait de ne pas voir s’envenimer la situation.
« Nous croyons dans le dialogue et la résolution des différends autour d’une table de négociation », a précisé le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Joubeir, lors d’un forum organisé dans la capitale du royaume sur l’exploitation et le commerce des terres rares. Comme s’il ne fallait pas en rajouter dans l’horreur aux pertes humaines abominables causées par les stratégies de ces mêmes pays sur les sols palestinien, yéménite et soudanais.
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