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La Tribune DimancheDans le monde

Trump, l’Amérique et le néofascisme. La chronique de François Clemenceau

Photo de François Clemenceau

François Clemenceau

Publié le 28 décembre 2025 à 08:00

Dans sa chronique, François Clémenceau évoque les méthodes et agissements de Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche.

Dans sa chronique, François Clémenceau évoque les méthodes et agissements de Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche.

LTD/Fabien Clairefond

La Tribune Dimanche

N143 ● 28 juin 2026

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Depuis le premier jour de son retour à la Maison-Blanche il y a un an, le président des Etats-Unis et ses proches ont mis en place une méthode de gouvernement et un discours de justification de ses actions qui s’apparentent au fascisme des années 1930. Le dire, c’est non seulement réagir mais se prémunir.

A force d’entendre depuis quelques années que nous vivons comme des somnambules sans pouvoir ou vouloir ouvrir les yeux vers les horreurs de demain, nous avons fini par juger ce diagnostic galvaudé et relatif. Oublions deux secondes la géopolitique du pire à venir pour nous concentrer sur la seule politique intérieure de Donald Trump et avec quelle force elle impacte nos élus et nos sociétés civiles, partout en Europe.

On s’amusait d’entendre le président américain dire des énormités, on s’offusquait de le voir insulter ses adversaires, mais derrière ce comportement grossier et parfois grotesque se cache à peine, depuis bientôt douze mois, la mécanique d’un fascisme contemporain, un néofascisme à l’américaine avec l’ambition, dévoilée noir sur blanc dans la doctrine de sécurité nationale publiée récemment, de servir de modèle aux « partis patriotiques » européens.

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Les mouvements d’extrême gauche occidentaux ont eu tort de qualifier le monde de la droite libérale de ces dernières décennies de « facho ». Le terme a été banalisé et connoté alors qu’il a une chronologie et un sens. Historiquement lié à l’avènement de Benito Mussolini au pouvoir en Italie au début des années 1920, le fascisme a ensuite été assimilé à tous les mouvements et dirigeants incarnant cette méthode de gouvernement par la brutalité, l’intimidation, le rejet de l’autre, le virilisme, le suprémacisme blanc et l’utilisation de la religion majoritaire comme vecteur de contrôle de la société, ainsi bien sûr que le refus de la science et de la modération.

Dans le registre du musellement des pensées et des expressions dissidentes, le Maccarthysme américain des années 1950, même s’il avait été conçu pendant la guerre froide pour lutter contre les extrémismes liés au communisme soviétique, s’apparentait par ses méthodes aux mises au pas du fascisme. Dans les années 1970, le soutien musclé apporté par l’administration républicaine de Richard Nixon aux juntes militaires sud-américaines, fermement ancrées dans le conservatisme religieux et oligarchique local, a permis de faire croître cette « union des droites » de l’époque dans l’arrière-cour des États-Unis.

Une certaine admiration pour Adolf Hitler

La première fois que Donald Trump fut accusé d’être fasciste, ce ne fut pas par ses opposants démocrates mais par son ancien secrétaire général de la Maison-Blanche de 2017 à 2019, John Kelly. Cet ex-général du corps des marines, qui avait été auparavant un très brutal ministre de la Sécurité publique, notamment dans la lutte contre l’immigration, avait révélé après son limogeage deux conversations lors desquelles Donald Trump lui avait avoué son admiration pour Adolf Hitler. Il regrettait par exemple de ne pas bénéficier de la même « loyauté » absolue de la part de ses propres généraux.

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En 2024, après avoir entendu Trump promettre d’utiliser l’armée pour lutter sur le sol américain contre « les ennemis de l’intérieur », John Kelly estima publiquement que le président américain cochait les cases de la définition d’un « fasciste » et continuerait à gouverner comme un « dictateur » s’il en avait l’occasion, car il ne comprenait en rien la Constitution et le concept d’État de droit. Depuis, bien d’autres ont repris à leur compte le mot « fasciste » ou « fascisme » pour désigner Donald Trump ou son action.

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Son rapport aux journalistes accrédités à la Maison-Blanche, notamment à des femmes dont il dénigre l’apparence physique, sa promesse d’abattre ses opposants ou de les jeter en prison, son refus de passer par les procédures législatives du Congrès en leur préférant le décret exécutif, quitte à ce que le pouvoir judiciaire le contredise et qu’il passe outre, son culte de la personnalité qu’il entretient en parlant de lui à la troisième personne et en poursuivant pour diffamation de grands médias en réclamant des milliards de dollars d’indemnités, son mépris affiché pour les plus faibles qu’il qualifie de « losers », son ostracisme revendiqué à l’égard d’individus aux identités sexuelles différentes, les commandements de son administration de censurer tout travail subventionné par de l’argent public dès lors qu’il utiliserait les mots « socio-économique », « climat », « LGBT » ou même parfois « femmes » : ces attitudes ou directives sont typiques du fascisme.

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Dans son dernier sondage de l’année, l’université Quinnipiac a demandé aux Américains quelles étaient leurs priorités du moment : l’économie et la sauvegarde de la démocratie arrivaient en tête, à égalité. L’étude indique que les Républicains sont jugés plus compétents pour améliorer la première, et les Démocrates pour assurer la deuxième. C’est dire… 

François Clemenceau

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