En Moldavie, un scrutin sous l’œil de Moscou

Moscou est soupçonné d'avoir investi des millions de dollars pour barrer le chemin de l'Europe à la Moldavie.
LTD/Daniel MIHAILESCU / AFP

Moscou est soupçonné d'avoir investi des millions de dollars pour barrer le chemin de l'Europe à la Moldavie.
LTD/Daniel MIHAILESCU / AFP
C’est une musique devenue classique en Europe de l’Est quand viennent des élections. À chaque fois et depuis plusieurs années, il y est question d’ingérences russes. La Moldavie, ex-république soviétique enserrée entre la Roumanie et l’Ukraine et dont une partie du territoire, la Transnistrie, est sous la coupe de Moscou, n’échappe pas à la règle.
Déjà, l’année dernière, lors du référendum sur l’adhésion à l’UE puis au moment de la présidentielle, l’ombre du Kremlin avait plané sur les urnes. Pour les législatives qui se déroulent aujourd’hui, la Russie semble avoir déployé encore plus moyens pour faire basculer le Parlement du côté de Bloc Patriotique, parti qui lui est favorable. «Elle a dépensé 300 millions de dollars pour influencer ce vote, assure Sorin Ioniță, analyste au think tank roumain Export Forum. Les techniques de manipulation ne sont pas vraiment nouvelles. Mais leur ampleur, elle, est inédite.»
L’ingérence emprunterait trois voies principales : la première est l’achat de voix. «Une chaîne Telegram a notamment été mise en place avec un responsable à chaque échelon administratif – national régional, local – afin de contrôler que les sommes sont bien versées aux électeurs et que ceux-ci votent comme il faut», détaille le chercheur.
L’argent circulerait dans le pays notamment via des valises arrivant par avion de Moscou. L’autre levier passe par les traditionnels réseaux sociaux, avec tout de même une spécificité pour ce scrutin : la surutilisation de l’intelligence artificielle pour créer du faux contenu mais aussi des bots et faux comptes qui déversent en flot continu des fake news sur TikTok ou Instagram.
Enfin, en prévision de rassemblements post-électoraux, «de jeunes voyous ont été formés en Biélorussie ou en Serbie aux tactiques violentes pour semer le chaos», assure Sorin Ioniță. Lundi, la police moldave a effectué des descentes dans les milieux prorusses. 74 «agents», qui auraient été formés en Serbie, ont été arrêtés. De fortes sommes d’argent liquide, des armes, ainsi que des tentes pour d’éventuels sit-in ont été saisies.
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Si le pouvoir russe s’intéresse de si près à ces élections moldaves, c’est qu’il caresse l’espoir que Chisinau, lancée dans un processus d’adhésion à l’UE, imite la Géorgie qui, après des législatives contestées finalement remportées par le parti fidèle au Kremlin, a remis aux calendes grecques son avenir européen. La Moldavie deviendrait alors une nouvelle tête de pont pour Moscou sur le Vieux continent ainsi qu’une grosse épine dans le pied de l’Ukraine voisine.
«L’Europe ne peut pas se permettre de perdre la Moldavie comme elle a perdu la Biélorussie et la Géorgie», a d’ailleurs averti Volodymyr Zelensky cette semaine. De son côté, la très pro-européenne cheffe de l’Etat moldave, Maïa Sandu, tente de dramatiser le scrutin en le décrivant comme « le plus important » de l’histoire du pays. «C’était déjà le cas pour la présidentielle de 2024, persifle le chercheur du Cevipof, Florent Parmentier. Cela dit, il est certain que si son parti, le PAS, n’obtient pas la majorité absolue, elle verrait ses pouvoirs restreints, le système politique moldave étant parlementaire.»
Dans les sondages, le PAS est donné à égalité avec le Bloc patriotique même si la diaspora, plus d’un quart des 3,6 millions d’électeurs, généralement très pro-européenne, n’est pas comptabilisée. Un désamour qui s’explique par la situation socio-économique, selon Florent Parmentier : «Le bilan du PAS en la matière est très mitigé. Le pays est quasiment à l’arrêt et l’inflation reste forte».
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De son côté, le Bloc patriotique joue sur la peur d’une contagion du conflit ukrainien à la Moldavie. Des angoisses relayées par Moscou. Mardi, le SVR, le service de renseignement extérieurs russes a ainsi affirmé que des troupes de l’Otan étaient massées à Odessa et en Roumanie, se tenant prêtes à «envahir» le pays.