Au-delà de la soumission apparente des Européens à Donald Trump, les pays d'Europe s'émancipent très progressivement des diktats de l’administration américaine. C'est notamment le cas avec la Coalition des Volontaires et du programme européen d'aide à la production de munitions (ASAP). Par Cyrille Schott, ancien conseiller au cabinet du président François Mitterrand, préfet de région honoraire. Il a dirigé l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (2014-2016) et appartient au bureau d'EuroDéfense-France. Il est coauteur du livre « Souveraineté et solidarité, un défi européen » (le Cerf, 2021).A la fin de l'année dernière, je me demandais si l'Europe saurait faire face au « défi » américain représenté par Trump [1]. Désormais, il convient de se demander si l'Europe sait faire face. S'agissant de la forme, la réponse s'avère désespérante. Les plus puissants des Européens, comme Keir Starmer ou Friedrich Merz, voire Emmanuel Macron, se rendent tels des vassaux dans le bureau ovale et considèrent remporter un succès lorsqu'ils ne se font pas maltraiter par son occupant.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, rejoint en juillet le golf privé de Donald Trump en Écosse pour se voir notifier le traitement douanier réservé à l'Union européenne (UE). Le secrétaire général de l'organisation atlantique, ancien premier ministre néerlandais, Mark Rutte, appelle le protecteur américain, « Daddy » (« papa ») à la réunion de juin de l'OTAN à la Haye, qui se révèle être le sommet de la flagornerie envers Trump. Les Européens se comportent comme si celui-ci était le maître du monde.
Un diktat accepté par les Européens
Sur le fond, la réponse est pareillement attristante. Malgré sa puissance commerciale, l'UE accepte de faire taxer ses produits par les Etats-Unis sans imposer la même règle aux ventes américaines, s'engage à acheter pour 760 milliards de dollars des produits énergétiques américains et à investir 600 milliards de dollars outre-Atlantique. S'agissant de la défense, les Européens, hormis l'Espagne, acceptent le diktat de Trump de porter leur budget de défense et de sécurité à 5 % du PIB, 3,5 % pour les dépenses proprement militaires et 1,5 % pour celles de sécurité. Au sommet de La Haye, ils s'évertuent à le garder dans une unité apparente avec eux, même si ses déclarations suscitent le doute quant à la garantie de l'article 5 du Traité de l'Atlantique nord, et donc l'engagement américain à défendre les alliés en cas d'attaque.
La comparaison avec les puissances qui ne prennent pas Trump pour le maître du monde est frustrante pour les Européens. Xi Jin Ping, le président chinois, ni ne décroche son téléphone pour l'appeler ni n'entreprend de se déplacer chez lui. Il l'oblige en mai dernier à envoyer une délégation à Genève pour négocier les questions commerciales. Il sait user de l'arme des terres rares, dont la Chine est devenue un fournisseur essentiel, pour lui faire lever le pied. Vladimir Poutine, l'agresseur, contre toutes les règles du droit international, de l'Ukraine, obtient en août une rencontre à Anchorage, où Trump multiplie à son égard les gestes d'affection.