REPORTAGE – Depuis sa réélection il y a un an, Donald Trump s’attaque à l’architecture et à la culture de la capitale pour la mettre au pas.La tête penchée, les jambes allongées, emmitouflée dans un épais manteau, Daphne Page savoure les quelques rayons de soleil qui percent le ciel de Washington, en cette journée de mi-janvier. À 61 ans, cette retraitée vit à Richmond, en Virginie, mais s’offre de temps à autre une escapade dans la capitale fédérale, sa « ville de cœur », qu’elle a autrefois habitée. Les souvenirs remontent et la sexagénaire se prend à brosser un portrait apaisé du district de Columbia : la fontaine du Dupont Circle, les cafés où se croisaient cols blancs de l’Administration et aficionados d’une scène punk florissante.
Le contraste avec le Washington d’aujourd’hui n’en est que plus saisissant. « Donald Trump essaie d’imposer aux habitants une vision de la ville qui, selon moi, n’existe pas vraiment », regrette-telle. Le retour au pouvoir du républicain il y a un an va effectivement de pair avec une mise au pas culturelle et urbanistique de la capitale. Aucune métropole américaine n’a autant subi les diktats du nouvel exécutif.
Dernier acte de cette métamorphose ? Le changement de nom du Kennedy Center. Fin décembre, sur la façade grise de l’édifice, Donald Trump parvient à apposer son nom à côté de celui de son prédécesseur démocrate. « Il a profané le Kennedy Center », s’emporte Bob, membre retraité du département d’État préférant garder l’anonymat. Outre-Atlantique, le lieu est une référence culturelle, la scène du spectacle vivant la plus en vue.
L’hiver dernier, Donald Trump ne cachait pas sa volonté de prendre le contrôle de cette institution, jugée trop « woke » à ses yeux. En février, il a réussi à se faire nommer au conseil d’administration. Plusieurs figures de son entourage l’y ont accompagné parmi lesquelles Susie Wiles, sa cheffe de cabinet, et Usha Vance, l’épouse du vice-président. Depuis ce changement de direction, le centre culturel accuse une baisse de fréquentation, rapportent plusieurs médias américains. Cette politisation des lieux rebute aussi certains artistes. La veille de Noël, en signe de protestation, le musicien de jazz Chuck Redd a ainsi annulé sa représentation.