Sébastien Martin, ministre de l’industrie : « Les investissements continuent »

Propos recueillis par Pierrick Merlet

Sébastien Martin, le 9 novembre 2025 à Paris.
LTD/Lafargue Raphael/ABACA

Propos recueillis par Pierrick Merlet

Sébastien Martin, le 9 novembre 2025 à Paris.
LTD/Lafargue Raphael/ABACA
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LA TRIBUNE DIMANCHE — L’Élysée a décidé d’organiser ce lundi 17 novembre la première édition de son sommet économique Choose France consacrée aux entreprises françaises qui investissent dans le pays. Pourquoi ?
SÉBASTIEN MARTIN — Avec cette première édition de Choose France – Édition France, le président de la République souhaite célébrer les entreprises françaises qui investissent, innovent et créent des emplois en France, au service de notre réindustrialisation. Ce sont près de 200 start-up, PME, ETI et grands groupes qui seront réunis. Ce sommet illustre notre ambition de faire de la France une nation pleinement souveraine, compétitive et industrielle. Cela suppose des outils de production modernes, des filières stratégiques soutenues et une conviction assumée : produire en France passera par une véritable préférence européenne. Choose France n’est pas qu’un slogan. C’est une méthode et un engagement collectif.
Pouvez-vous nous citer un exemple d’investissement nouveau qui sera officialisé ?
D’ici à fin 2026, Sanofi va poursuivre des projets d’envergure dans plusieurs territoires pour moderniser son outil industriel à hauteur de 700 millions d’euros et développer de nouveaux équipements dans l’intelligence artificielle pour 300 millions d’euros. Au sein de son site du Trait [Seine-Maritime], Sanofi a récemment investi 48 millions d’euros afin de poursuivre la modernisation et la transformation de son outil industriel avec un nouveau bâtiment consacré aux biotechnologies permettant d’accélérer l’innovation thérapeutique. Urgo a aussi annoncé un investissement de 60 millions d’euros pour la construction de son cinquième site industriel français, à Andrézieux-Bouthéon [Loire], qui permettra de créer 200 emplois directs et 115 emplois indirects.
La situation pour l’industrie française se dégrade pourtant fortement depuis un an et demi. Cela fait un mois que vous avez pris en main ce portefeuille… Quel est votre constat ?
Il faut regarder la situation avec lucidité, mais aussi avec sang-froid. Oui, l’industrie française traverse des turbulences. C’est une réalité que nous ne devons ni minimiser ni dramatiser. Depuis mon arrivée, j’ai voulu être au plus près des territoires qui sont exposés, mais aussi de ceux où de nouveaux projets émergent – et il y en a beaucoup. Ma responsabilité, c’est d’être un accélérateur : accompagner les industriels, lever les blocages administratifs quand c’est nécessaire, et permettre aux projets d’avancer plus vite. Les difficultés actuelles ne signifient en rien que la réindustrialisation marque le pas. Au contraire : les investissements continuent, les implantations industrielles se multiplient, et le solde reste positif. La réindustrialisation est un mouvement de fond, qui se construit dans le temps long, et nous sommes déterminés à maintenir le cap.
Comment vivez-vous les premiers débats autour du projet de loi de finances 2026 ? La cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) va diminuer, mais à côté de cela d’autres mesures viennent grandement alourdir la facture pour les entreprises…
Dans le débat budgétaire, il y a effectivement la reprise de la trajectoire pour supprimer la CVAE dès 2028. Nous allons aussi travailler afin de prolonger le crédit d’impôt pour l’industrie verte censé s’arrêter en fin d’année, qui est un formidable atout pour attirer des projets en France. Nous voulons aussi être au rendez-vous du soutien à la décarbonation de nos industriels, avec des moyens supplémentaires. À côté de cela, il y a un effort collectif demandé à tous, mais nous avons la volonté de ne pas toucher à l’appareil productif. Ce que nous disent les industriels, c’est « faites en sorte d’avoir un budget sans en faire un délire fiscal pour autant, on veut de la visibilité ». D’ici à 2027, où il y aura de grands débats, les entreprises ont besoin de stabilité, et cela passe par le vote d’un budget.
Dans ce contexte budgétaire inflammable, quelle sera votre méthode pour tenter de convaincre des industriels d’investir en France ? En tant que président du Grand Chalon, vous êtes parvenu à remettre de l’activité industrielle sur l’immense friche de Kodak…
Ma méthode sera de faire avec les territoires. Je souhaite que Bercy travaille davantage avec ceux-ci. Je n’imagine pas parler réindustrialisation sans les intercommunalités chargées du foncier, ou les Régions, qui ont le développement économique dans leurs compétences. Nous allons relancer une dynamique de sites industriels clés en main, de vrais sites où l’industriel n’a plus que le permis de construire et son ICPE [installations classées pour la protection de l’environnement] à déposer. Il faut clarifier ce dispositif. C’est comme cela que j’ai réussi l’après-Kodak. Je veux particulièrement travailler avec les Régions pour que nous agissions ensemble sur l’outil productif. Nous avons besoin de le moderniser. On doit se donner une vraie stratégie en ce sens. Il n’est pas question que de rupture technologique ou de deeptech, mais de choses simples pour aider les entreprises de nos territoires, notamment les TPE et PME. Il y a un développement économique endogène et une mutation des chaînes de valeur qui méritent d’être accompagnés.
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Concernant les dossiers chauds du moment, il y a le cas ArcelorMittal. Vous avez reçu son président France il y a quelques jours. A-t-il partagé avec vous de bonnes nouvelles à propos du potentiel investissement dans un four électrique sur le site de Dunkerque ?
Ce grand industriel continue à faire le choix de la France. Dans une période chahutée par les surproductions chinoises d’acier, ArcelorMittal est toujours dans une logique d’investissement sur ses sites industriels. Mais, dans le contexte actuel, deux points sont cruciaux pour lui : la clause de sauvegarde doit être transposée après avoir été présentée, et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) doit aussi être ajusté. J’ai bon espoir que tout cela se dénoue d’ici à la fin de l’année. Aujourd’hui, notre industrie est attaquée, et nous devons la défendre.
L’industrie automobile française est en danger de mort. Pendant ce temps, la France et l’Allemagne s’écharpent sur l’interdiction de vendre des véhicules thermiques neufs à partir de 2035. Ne faut-il pas un assouplissement de cette date, comme le défend Valeo ?
J’entends cela, mais j’entends aussi que nos concitoyens attendent que nous produisions en Europe. Et nous ne réglerons pas tous les problèmes en faisant sauter l’échéance. Il ne faut pas qu’à la fin nous n’ayons plus que des usines tournevis dans lesquelles nous assemblons des composants étrangers. L’année 2035 est un signal de marché pour stimuler la filière du véhicule électrique, mais nous sommes ouverts à des flexibilités, au fait que la décarbonation de la mobilité, en 2035, ne passe pas uniquement par le véhicule électrique. Le corollaire à cela est de se battre pour la préférence européenne, c’est-à-dire, pour des pièces européennes dans nos véhicules, avec des sous-traitants qui produisent en Europe.
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L’effet pervers de cette mesure est que des investisseurs asiatiques prennent le contrôle d’industriels français et européens dans l’automobile, mais aussi dans l’aéronautique. Où en êtes-vous sur le traitement du dossier du sous-traitant Lauak, qui suscite les convoitises d’un fonds indien ?
Nous sommes ouverts aux capitaux étrangers. Dans le même temps, nous avons multiplié par quatre le nombre de contrôles des investissements directs étrangers. Chaque projet est étudié de très près, dans le souci de préserver nos intérêts. Quant à Lauak, l’opération est examinée par Bercy. Nous devons examiner ces opérations avec rigueur et responsabilité.
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