Semaine décisive pour l’avenir de l’Europe. L’édito de Lucie Robequain

Découvrez l'édito de Lucie Robequain.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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L’Europe a rarement connu de séquence aussi existentielle que celle qui l’attend cette semaine. Trois questions lui seront soumises : souhaite-telle rester une puissance agroalimentaire qui exporte ? Veut-elle sauver son industrie automobile ? Et plus largement : est-elle prête à se protéger du rouleau compresseur chinois ?
Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, espère signer en fin de semaine un accord de libre-échange avec cinq pays d’Amérique du Sud – le fameux Mercosur. On sait combien la France s’y oppose. Mais disons-le tout net : si l’Europe torpille cet accord, discuté depuis vingt-cinq ans, elle anéantira tout espoir de diversifier ses partenaires commerciaux et de renforcer son poids géopolitique à travers le monde. L’agriculture française connaît une crise sans précédent : sa balance commerciale s’est effondrée de 93 % en huit mois, et devrait même être négative sur l’ensemble de l’année. Peu compétitive, elle accuse Washington et Pékin de tourner le dos aux produits tricolores.
C’est vrai : les Chinois sont d’ailleurs en train de conclure une enquête sur le porc européen qui devrait donner lieu à de nouvelles barrières douanières. On peut s’en offusquer. On peut aussi chercher de nouveaux débouchés à travers le monde, ce que nous propose l’Amérique du Sud. Les champions français de la viticulture, de l’ostréiculture et des produits laitiers auraient tout à y gagner. On regrette que, au nom d’une certaine solidarité agricole, ils n’aient pas le courage de le dire haut et fort.
Les intérêts industriels de l’Europe sont tout aussi menacés. La tragédie des usines Brandt nous l’a encore rappelé cette semaine. Pour sauver ce qu’il reste à sauver, Bruxelles s’apprête à instaurer une taxe carbone aux frontières de l’Europe : elle permettra de renchérir des produits extra-européens qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes environnementales que les nôtres, parmi lesquels l’acier, l’aluminium et le ciment. Le principe fait largement consensus. Mais comme à son habitude, l’Europe pèche dans l’exécution : la taxe fera ses débuts le 1er janvier dans une version minimaliste et ne sera pleinement opérationnelle qu’en… 2034 ! Combien d’usines européennes auront fermé d’ici là ?
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La semaine s’annonce tout aussi décisive pour l’automobile. Si l’interdiction des moteurs thermiques à l’horizon 2035 n’est pas remise en question, elle fera l’objet de plusieurs exemptions pour satisfaire les constructeurs allemands. Les Français négocient une contrepartie de taille : ils souhaitent que les véhicules électriques vendus en Europe comprennent des composants produits sur place (carrosserie, pare-brise, moteur, etc.) à hauteur de 75 % de leur valeur. Une mesure vitale, adoptée depuis des années aux États-Unis, mais qui ne fait pas consensus dans l’UE : neuf pays continuent de s’y opposer. Des divisions qui font le bonheur de Pékin : pour la première fois cette année, les Européens ont acheté plus de voitures aux Chinois qu’ils ne leur en ont vendu. Et ce n’est qu’un début.
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