Le budget, une faillite collective. L’édito de Lucie Robequain

Découvrez l'édito de Lucie Robequain.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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Le débat budgétaire qui nous est infligé depuis six semaines n’aura qu’un mérite : nous convaincre qu’il faut revoir de fond en comble cet exercice, absolument désastreux pour la France. Les députés ont approuvé d’une courte tête vendredi 5 décembre les recettes qui alimentent la Sécurité sociale. Le gouvernement respire, avec l’espoir de faire voter l’ensemble du texte ce mardi. Cette petite victoire politique n’efface pas, hélas, la grande faillite collective à laquelle nous assistons.
Ce budget de la Sécu enfonce la France à tous points de vue. Il détériore nos comptes sociaux dans des proportions alarmantes et injustifiables. Le déficit de la Sécurité sociale approche ainsi celui observé pendant la crise du Covid, époque exceptionnelle qui justifiait tous les dérapages possibles. Rien de tel aujourd’hui : avec moins d’économies et moins d’impôts, la gauche et la droite ont obtenu chacune leur petit trophée sans se préoccuper de la facture finale.
Non content de mettre en péril les comptes sociaux, et donc la Sécurité sociale, ce budget dégrade encore un peu plus l’attractivité du pays. Il confirme cette terrible « exception française » qui fait de notre pays le seul d’Europe à avancer l’âge de départ à la retraite, quand tous nos voisins le retardent.
Troisième échec : obsédés par les impôts (et les retraites !), les députés ont montré un mépris total pour les questions d’avenir. Aucune discussion structurelle n’a eu lieu sur la qualité des soins, la relance de la natalité, la recherche médicale, la dépendance, la lutte contre la pauvreté, etc. Les moins de 30 ans, qui représentent 44 % des personnes pauvres – des chiffres révélés cette semaine dans la plus grande indifférence – s’imposent plus que jamais comme la génération sacrifiée.
Comment faire en sorte que ce fiasco ne se renouvelle pas l’année prochaine et les suivantes ? Désespérés par l’irresponsabilité politique, certains en viennent à promouvoir des idées révolutionnaires. C’est le cas du très célèbre investisseur américain Warren Buffett : il propose que, à chaque fois que les déficits publics dépassent 3 % du PIB, les élus en place deviennent inéligibles aux prochaines élections. Les parlementaires seraient ainsi soumis à une obligation de résultat et non plus de moyens… Efficace mais peu réaliste ! La sanction ne peut venir que des électeurs, qui témoignent hélas aussi peu d’intérêt pour les comptes publics que leurs élus.
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À défaut de révolution, des évolutions sont possibles pour forcer les parlementaires à faire des économies plutôt qu’augmenter les impôts. Le Premier ministre Sébastien Lecornu l’a encore défendu à demi-mot ce jeudi 4 décembre : il serait souhaitable que les dépenses publiques soient débattues avant les recettes. Les parlementaires seraient ainsi contraints de parler des projets pour la France, avant d’évoquer la manière de les financer. La réforme serait simple, applicable dès l’an prochain. En attendant, la France est condamnée à sombrer toujours plus.
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