LA TRIBUNE DIMANCHE — Après la dégradation inattendue de la note de la France par l’agence S&P, son maintien par Moody’s – avec une perspective négative – est-il une bonne surprise ?
AMÉLIE DE MONTCHALIN — Face à la situation de nos finances publiques, toutes les agences alertent sur le risque d’instabilité politique. Parce qu’elle aurait de lourdes répercussions sur notre économie. Maîtriser notre dette est avant tout un enjeu de souveraineté : voilà pourquoi la trajectoire de retour sous les 3 % de déficit d’ici à 2029 doit être tenue. Arrêter l’augmentation de la dette est le seul moyen de donner aux prochains gouvernants des marges de manœuvre et les moyens d’agir face aux crises. Ma boussole, c’est de pouvoir donner cette liberté à nos successeurs. Pour leur éviter de devoir arbitrer dans le cadre d’une équation financière intenable.
La contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) devait être exceptionnelle. Elle a pourtant été pérennisée. Cela pose-t-il un problème de crédibilité de la parole publique ?
Le gouvernement souhaitait proposer la prorogation de la CDHR aux parlementaires en 2026. Elle devrait rapporter 1,5 milliard d’euros l’an prochain. Et ne concerne que 20.000 contribuables, qui gagnent 250.000 euros par an pour un célibataire et 500.000 euros par an pour un couple, de façon que le taux d’imposition moyen de ces ménages soit de 20 % au minimum. Lors des débats, cette contribution a été pérennisée. La crédibilité repose sur le fait de ne pas modifier les paramètres et de poursuivre un effort de réduction des dépenses en parallèle. Mais ce budget est débattu au Parlement. Il n’est donc ni celui du gouvernement ni celui d’un parti.