Les derniers salariés se battent pour sauver leur savoir-faire ouvrier. Le conflit social est un condensé de la crise du secteur automobile allemand.La « Manufacture en verre » ressemble à un gros diamant dans le soleil d’hiver. Ici « das Auto » est une expérience physique, presque sensuelle. Dans une ambiance de sanatorium, incroyablement silencieuse, des salariés en chasuble blanche assemblent avec fluidité les ultimes modèles qui sortiront des chaînes de Dresde.
La production cessera définitivement le 16 décembre. Volkswagen débranche son usine-écrin. Dès l’an prochain, une partie des ateliers sera louée à l’université technique de Dresde et transformée en campus d’innovation pour la recherche en micro-électronique, IA et science des matériaux. L’annonce a été officialisée jeudi 4 décembre au cours d’une assemblée générale houleuse.
« On nous a répété cent fois que nous étions la fierté de la famille, les porteurs d’une tradition d’excellence qui faisait l’identité de l’Allemagne. Quel gâchis ! Le lien de confiance est rompu », confie un cadre qui souhaite rester anonyme. Au sein de la famille Volkswagen, il est d’usage de faire bloc. Le siège de Wolfsburg contrôle toute la communication ; chaque récit public est passé à la peau de chamois. Ce qui se passe à Dresde en cette fin d’année est donc une petite révolution : les quelque 300 salariés commencent à parler et, en ouvrant leur usine à la presse, ils ouvrent aussi leur cœur.
Bien plus que l’anecdotique fin annoncée de cette minuscule fabrique, c’est le modèle social de cogestion à l’allemande qui s’effrite ici.
Le site ultra-moderne n’a jamais été rentable. Mais dès 2001, Volkswagen l’a pensé comme une vitrine où le savoir-faire ouvrier de la marque est un produit en soi. Jusqu’en 2016, 84.235 berlines de luxe Phaeton y ont été ciselées sur mesure pour une clientèle d’élite.