À l'approche des municipales, les candidats doivent faire face à de nouveaux challenges numériques : campagnes de bots, profils artificiels programmés sur les réseaux sociaux, génération de sites clones ou volonté d’exposition réputationnelle,...
Les municipales n’échappent pas au risque d’ingérence extérieure. Des manœuvres de prépositionnement numérique, focalisées sur les principales métropoles, pourraient déjà être engagées.
Nouvelles élections, même scénario ? Sur chaque scrutin plane désormais l’ombre portée d’une manipulation étrangère, programmée, déferlant à travers les réseaux sociaux pour diviser les électeurs avant même qu’ils ne franchissent le seuil de l’isoloir.
Les élections municipales, aussi particulières soient-elles, ne sauraient échapper à ce fléau contemporain. « Aucune élection occidentale n’a été épargnée par des tentatives d’ingérence, de près ou de loin, depuis les années 2010 », lance Marc-Antoine Brillant, chef de Viginum, le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères. Si les radars du Web ne sont pas encore passés au rouge, quelques signaux avant-coureurs commencent à se manifester.
« Nous avons repéré la création de plusieurs fausses plateformes, la plupart, selon nos analyses, imitant des sites d’actualité, ce qui correspond pour l’instant à un potentiel prépositionnement », précise Marc-Antoine Brillant. Son service, Viginum, ne se penche pas sur le contenu diffusé mais sur les techniques identifiées et les modes opératoires déployés par des organismes issus de puissances extérieures. Campagnes de bots, profils artificiels programmés sur les réseaux sociaux, génération de sites clones ou volonté d’exposition réputationnelle, l’arsenal est vaste.
Le bras armé de Poutine
La récente vague de faux médias cible plusieurs Régions françaises, tentant de propulser divers sujets polémiques selon les territoires : le pouvoir d’achat en Bretagne, la guerre entre Israël et la Palestine à Marseille. Cette campagne serait attribuée à l’organisation russe Storm-1516, une équipe chargée de pousser un narratif, héritière de l’Internet Research Agency fondée par Evgueni Prigojine, ancien bras armé de Vladimir Poutine. « À l’échelle d’une petite commune, il est extrêmement compliqué de cibler techniquement, mais les grandes métropoles risquent d’être davantage exposées », souligne le chef de Viginum.
Thomas Delorme, chargé de recherche pour le Cercle Pégase, consultant défense et sécurité chez Sopra Steria, observe qu’il peut être ardu d’agir sur les municipales de taille modeste « puisque le lien de confiance avec le maire peut demeurer suffisamment solide pour résister à ce type de campagne ». Selon le général Courtois, conseiller défense au sein de Sopra Steria et fondateur du Cercle Pégase, il ne faut pas « surestimer les capacités d’influence d’un adversaire », mais il précise que « ces acteurs peuvent agir de manière plus rationnelle et plus simple pour tenter de cibler des débats publics susceptibles d’influencer le vote d’une métropole, avec un impact plus important sur les politiques publiques ».
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Le général rappelle que les « départements des territoires d’outre-mer restent aussi des cibles à ne pas négliger, avec des sujets de niche qui peuvent être touchés », évoquant le cas de la Nouvelle-Calédonie. Une campagne sur TikTok avait diffusé de nombreux contenus soutenant l’indépendance du territoire, et aurait été menée depuis l’Azerbaïdjan.
Ces techniques demandent peu de ressources, peu d’implication et peuvent avoir des conséquences réelles. Autre exemple, les «cyberattaques du pauvre », telles que les attaques par déni de service pour mettre en panne des sites de mairie, sont également une technique régulièrement employée qui peut sur le moment avoir un impact anxiogène alors que les dégâts demeurent minimes.
La ville de Nice avait fait les frais d’une telle attaque le jour du Nouvel An, menée par un groupe de hackeurs activistes affilié à la Russie. Anne-Sophie Dhiver, cheffe adjointe de Viginum, avait indiqué lors de son audition au Sénat début novembre que lors des deux dernières échéances, aux européennes et aux législatives, 25 tentatives d’ingérence étrangère avaient été repérées. Le compteur pourrait bien se rouvrir pour la campagne des municipales.