Sans étiquette, c’est tendance. La chronique des municipales de Bruno Jeudy

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
À bas bruit, les municipales de 2026 confirment une mue déjà perceptible en 2020 : plus qu’un affrontement de partis, le scrutin communal redevient une affaire d’incarnation. Dans les villes grandes et moyennes, dans les bourgs comme dans les métropoles, l’étiquette pâlit, le visage compte. Le ministère de l’Intérieur les classe pudiquement « divers ». Les électeurs, eux, y voient surtout des voisins engagés.
Longtemps, les municipales ont offert un refuge aux sans-parti, aux figures issues de la société civile, à ces candidats qui font campagne sur un prénom et un bilan plus que sur un logo. Mais cette année, le phénomène change d’échelle. Les ingénieurs succèdent aux permanents politiques, les chefs d’entreprise aux apparatchiks, les responsables associatifs aux élus de carrière. À entendre Frédéric Dabi, directeur général de l’IFOP, « face à l’éclipse du politique, les Français cherchent des acteurs de confiance en dehors des politiques ». La formule dit tout : moins de doctrine, plus de crédibilité.
À Lyon, l’irruption de Jean-Michel Aulas en est l’illustration la plus spectaculaire. L’ancien patron de l’Olympique lyonnais et chef d’entreprise à succès, 76 ans, se verrait bien transformer l’essai et conquérir l’hôtel de ville pour sa première candidature. Pari audacieux dans la troisième ville de France, entre une gauche fracturée et une extrême droite en embuscade. À Avignon, l’ex-journaliste Olivier Galzi avance lui aussi sans bannière partisane, soutenu localement par la droite et le centre, en quête d’un espace politique laissé vacant par la défiance.
Le mouvement ne se limite pas aux métropoles. À Cambo-les-Bains, Peio Etxeleku, patron du groupe Agour, tente l’aventure. À Romorantin-Lanthenay, Didier Guénin, 62 ans, défie le maire socialiste sortant. À Blois, Malik Benakcha s’allie à une colistière MoDem pour tenter de faire vaciller une citadelle socialiste. Partout, la même promesse : gestion, pragmatisme, proximité. L’entreprise comme matrice du municipalisme.
Mais la lame de fond ne concerne pas seulement les novices. Les vieux briscards ont, eux aussi, senti le vent tourner. À Nice, Christian Estrosi ; à Toulouse, Jean-Luc Moudenc ; à Metz, François Grosdidier ; à Orléans, Serge Grouard ; à Marseille, Benoît Payan : tous ont un point commun, celui d’avoir relégué au second plan leur bannière partisane – LR, PS ou Horizons – pour faire campagne d’abord sur leur nom. La marque personnelle supplante la marque politique. Une stratégie éprouvée, mais qui en dit long sur l’époque.
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Car le risque, pour les sortants comme pour les outsiders, tient dans un mot : dégagisme. La défiance ne frappe plus seulement les partis, elle s’étend à tout ce qui ressemble de près ou de loin à un système. Se dire « divers », c’est tenter d’échapper à l’usure, de se poser en recours plutôt qu’en représentant.
Reste une question : l’effacement des étiquettes est-il un renouveau démocratique ou le symptôme d’un affaiblissement du débat politique ? À force de personnaliser, on clarifie les responsabilités. Mais on peut aussi diluer les lignes. Les municipales 2026 diront si cette « éclipse du politique » n’est qu’un passage nuageux ou le début d’un changement de climat durable.