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OPINION. « On ne défait pas ce qu’on a mis dix ans à construire », par Carole Delga, Franck Leroy, Valérie Pécresse et sept présidents de Région

Par Carole Delga, Renaud Muselier, Franck Leroy, François Bonneau, Christelle Morançais, Alain Rousset, Jérôme Durain, Valérie Pécresse, Xavier Bertrand et Fabrice Pannekoucke

Publié le 05 avril 2026 à 09:02

Le bâtiment de la Région Grand Est, à Strasbourg (Bas-Rhin).

Le bâtiment de la Région Grand Est, à Strasbourg (Bas-Rhin).

LTD/AFP ABDESSLAM MIRDASS

La Tribune Dimanche

N144 ● 05 juillet 2026

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Carole Delga, Renaud Muselier, Franck Leroy, François Bonneau, Christelle Morançais, Alain Rousset, Jérôme Durain, Valérie Pécresse, Xavier Bertrand et Fabrice Pannekoucke s’opposent à la création d’une collectivité unique d’Alsace, dont le texte sera examiné à l'Assemblée nationale, le 7 avril.

Il est des moments où la politique devrait se concentrer sur ce qui compte vraiment. Alors que la France traverse des crises économique, climatique et géopolitique sans précédent, que nos concitoyens attendent des réponses sur leur pouvoir d’achat, sur l’emploi, sur la santé, sur les transports, quelques députés, pour des raisons purement clientélistes, jugent utile d’agiter une nouvelle fois le vieux débat de la réorganisation territoriale.

Le 7 avril, l’Assemblée nationale examinera donc une proposition de loi pour créer une « collectivité unique » d’Alsace qui signifierait de facto une sortie de la Région Grand-Est. Cette proposition de loi s’inscrit parfaitement, pour ne pas dire au mot près, dans les exigences de l’extrême droite, qui a fait du démantèlement des Régions l’un de ses chevaux de bataille.

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Nous tenons à dire ici pourquoi cette initiative constitue une faute non seulement institutionnelle, mais surtout politique et historique.

On y prétend d’abord simplifier le millefeuille territorial en y ajoutant une couche supplémentaire ! C’est en effet ce que prévoit concrètement la proposition de loi : une collectivité unique d’Alsace qui viendrait contourner une Région Grand-Est. Autrement dit, les Alsaciens auraient à naviguer entre les communes, les intercommunalités, la collectivité unique, la Région et l’État, avec des compétences partagées et des coopérations à négocier en permanence.

C’est de la bureaucratie au carré, le contraire de ce qu’on promet aux citoyens. Et la création d’une taxe, prévue par le texte lui-même pour financer la transition, dit tout de la réalité de ces « économies » qui n’en sont pas. Curieux régime d’amaigrissement fondé sur le rajout de gras au menu. Étrange simplification impliquant une nouvelle complexification.

Traiter une partie du territoire de métropole comme un territoire insulaire d’outre-mer, c’est absurde pour les Alsaciens.

Cette proposition de loi participe en réalité d’une offensive contre nos Régions, comme si elles étaient le problème. Chacun sait que si l’existence d’une strate administrative peut être discutée, ce n’est pas l’échelon régional qui devrait être mis en cause.

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Traiter une partie du territoire de métropole comme un territoire insulaire d’outre-mer, c’est absurde pour les Alsaciens. Ce texte servira, s’il acquiert force de loi, à chaque lobby local à revendiquer autonomie et indépendance. Ce texte fera jurisprudence : toute fraction de territoire, toute grande métropole, chaque département pourra à l’avenir exiger de faire sécession. Ce serait ouvrir la voie au dépeçage pur et simple des Régions.

Or l’avenir est aux Régions responsables, capables de suppléer un État défaillant, avec des territoires disposant d’une masse critique et d’une puissance comparable à celle de nos voisins européens. En Europe comme dans le monde, les Régions sont aujourd’hui l’échelon stratégique pour déployer l’innovation, réarmer l’industrie, soutenir les universités, réduire les inégalités entre le rural et l’urbain en déployant une véritable cohésion infranationale.

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C’est dans un système de fédération nationale des Régions que réside la clé de la modernisation de l’État, et non dans leur démantèlement. Au fond, c’est peut-être ça que l’État redoute : sortir du centralisme qui sclérose (l’éducation, la santé, l’économie…) pour entrer dans un fédéralisme qui rapproche et simplifie.

L’Alsace a-telle eu à pâtir de l’organisation régionale ? Non. Si des territoires en France sont négligés ou délaissés, c’est la responsabilité de l’État, défaillant dans l’exercice de ses fonctions régaliennes que sont la justice, la sécurité ou le contrôle des frontières.

À une époque où le vivre-ensemble national se délite et se trouve même en danger, il faut recoudre plutôt que déchirer, rassembler plutôt que dépecer, fédérer plutôt que diviser. Voilà pourquoi cette proposition de loi, si elle cherche à flatter des intérêts particuliers, dessert profondément l’intérêt général et, pire encore, l’intérêt supérieur de la nation et de la République. Il appartient au gouvernement de siffler la fin de la récréation. 

Par Carole Delga, Renaud Muselier, Franck Leroy, François Bonneau, Christelle Morançais, Alain Rousset, Jérôme Durain, Valérie Pécresse, Xavier Bertrand et Fabrice Pannekoucke

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