OPINION. « L’art public a le pouvoir d’interpeller les sociétés », par le plasticien JR et Michael Bloomberg, ancien maire de New-York

Le plasticien JR et l'ancien maire de New-York Michael Bloomberg.
LTD/Émilie Pria/Atelier JR ; DR

Le plasticien JR et l'ancien maire de New-York Michael Bloomberg.
LTD/Émilie Pria/Atelier JR ; DR
Ce mois-ci, à l’occasion du 40e anniversaire du Pont-Neuf emballé, et pour honorer l’héritage de Christo et Jeanne-Claude, La Caverne du Pont-Neuf invitera les visiteurs à redécouvrir le pont et à réfléchir à son histoire, du 6 au 28 juin. Nous avons vu combien l’art public a le pouvoir d’inspirer les individus et d’interpeller les sociétés. Paris et New York partagent cette capacité à conjuguer ces deux dimensions.
Il y a quarante ans, les Parisiens découvraient l’une des œuvres éphémères les plus spectaculaires de l’histoire urbaine : Le Pont-Neuf emballé, une installation de Christo et Jeanne-Claude. Pendant quatorze jours, le plus ancien pont de Paris était enveloppé de tissu, offrant une vision totalement inattendue de ce lieu emblématique de la capitale. L’installation a attiré plus de 3 millions de visiteurs et suscité d’innombrables débats, à Paris comme dans le reste du monde.
En 2005, le duo d’artistes réitérait à New York avec The Gates. Pendant seize jours, cette œuvre temporaire a attiré à Central Park plus de 4 millions de visiteurs découvrant les lieux sous un nouveau jour, générant plus de 250 millions de dollars d’activité économique. À une époque où New York se remettait tout juste des attentats du 11-Septembre, la ville a été saluée comme la capitale mondiale de l’innovation et de la créativité, grâce à ce projet conçu par deux artistes immigrés dans leur pays d’adoption.
Christo et Jeanne-Claude ont parfois consacré des années, voire des décennies, à surmonter les obstacles politiques et le scepticisme du public avant de voir certains de leurs projets prendre vie. Pour eux, ce processus faisait partie intégrante des œuvres. Comme beaucoup d’œuvres publiques au cours de l’histoire, leurs réalisations ont fait débat, mais c’est précisément leur caractère éphémère qui leur a donné toute leur force.
Dans des villes comme Paris et New York, où l’on finit par ne plus voir la beauté de l’architecture que l’on côtoie au quotidien, l’art public éphémère (qu’on l’aime ou pas) offre l’occasion de s’arrêter un instant et de redécouvrir les lieux. Les visiteurs auront sans doute des réactions très diverses face à la Caverne du Pont-Neuf, et c’est là l’intérêt de la démarche. La diversité des regards élargit le champ des possibles.
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L’art public joue un rôle important dans la vitalité des villes. Gratuit et accessible à tous, il rassemble des personnes d’horizons divers autour d’expériences partagées. Ce rôle est d’autant plus crucial aujourd’hui, à l’heure où la technologie facilite l’accès aux informations à distance et renforce paradoxalement l’isolement. Les œuvres publiques offrent une expérience collective qui stimule les sens, encourage les échanges spontanés et renforce le lien entre les habitants et les espaces.
L’esprit de créativité et d’ouverture qui est au cœur de l’art public contribue à façonner des villes où il fait bon vivre et travailler. Il encourage à imaginer de nouveaux horizons tout en renforçant l’attractivité du territoire auprès d’habitants et de visiteurs du monde entier. Les villes deviennent ainsi des centres d’invention et de croissance.
La Caverne du Pont-Neuf montre comment les grandes villes peuvent célébrer le passé tout en réinventant l’avenir. Nous invitons d’autres villes du monde à prendre conscience du rôle moteur de l’art public.