Sans prendre de gants. La chronique de Philippe Vandel

Découvrez la dernière chronique de Philippe Vandel.
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🛋️ « Je m’enfonce en silence. Je suis chômeur, allongé sur mon canapé sans même savoir ce que j’attends, sans savoir ce que je veux. Envie de rien. »
⚽ C’est Steve Mandanda qui s’épanche. Son journal de bord est devenu un livre, « Les Jours d’après » (Flammarion), dont les bonnes feuilles – fanées – sont reprises dans la presse. L’ancien gardien de but de l’OM et de l’équipe de France (35 sélections) avait annoncé sa retraite en fin de saison dernière à 40 ans. Depuis, il s’interroge : « Je sais faire quoi, moi, au bout du bout, après vingt-cinq ans de carrière au plus haut niveau ? […] Je n’ai plus aucun horaire, pas de rythme, pas de rendez-vous, rien. » Enfin si, un seul, mais quel rendez-vous : le footballeur comprend que sa vie a basculé quand il décroche un entretien avec France Travail.
🏢 Lorsque Mandanda a chaussé ses premiers crampons, l’organisme des chômeurs s’appelait ANPE. Quand il a été sélectionné chez les Bleus, c’était Pôle emploi. Le voici donc à France Travail. C’est ballot. Il n’a plus de travail, et il ne joue plus pour la France.
🤦♂️ À l’abri du besoin, mais sans aucun besoin. « C’est juillet, je suis seul, il fait chaud […]. Mes journées sont interminables et vides. »
🏓 Les saisons passent. Libération dresse son portrait : « Pendant cet hiver de langueur qu’il vient de traverser, il a multiplié les cours de pilates et les matchs de padel. » Il confie à L’Équipe sa « passion » pour ce jeu : « Le padel, ça a été une béquille, ça m’a permis de sortir la tête de l’eau. » Il aurait pu choisir la plongée.
🏏 Ça ne fait pas rire Julia de Funès. Coïncidence, sa chronique hebdomadaire dans L’Express déconstruit le nouveau sport à la mode : « Derrière le succès du padel, le triomphe de la facilité ».
La philosophe analyse : « Le padel est le triomphe de la facilité, cette valeur cardinale de notre époque qui rêve d’atteindre sans apprendre et de réussir sans rater. En quelques minutes, n’importe qui peut jouer. Non pas bien, ni professionnellement, mais suffisamment pour se croire bon. Là où le golf ou le tennis nous humilient pendant des mois avant de nous accorder le plaisir d’une sensation, le padel nous accueille comme un ami indulgent qui nous assure que nous sommes doués avant même d’avoir commencé. » Mandanda appréciera.
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🚍 Lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, il était remplaçant. Mais bien dans le bus avec les autres. Impossible d’oublier Knysna, la grève des joueurs qui refusaient de s’entraîner. Et cette première : des grévistes mieux rémunérés que leurs patrons.
💻 Seize ans après le fiasco, un documentaire Netflix dynamite le foot français : Le Bus – Les Bleus en grève. Vendredi, Le Parisien y consacre une page rageuse, ciblée sur un homme : « Domenech, l’arroseur arrosé ». L’entraîneur était dans la tourmente depuis le premier match. Lui aussi avait tenu un journal de bord. Un journal intime ? Pas très intime. Il l’a confié à Netflix, qui l’a découpé en morceaux. Choisis, les morceaux.
Ça commence par Yoann Gourcuff : « Mais qu’il est con ! Autiste léger d’abord, et con ensuite. » William Gallas ? : « Il fait toujours la gueule. Je ne supporterai pas longtemps. » Nicolas Anelka ? : « Passé sans me regarder. Ce gros con ! » Après les individualités, le collectif. Le coach revient sur la fameuse lettre de revendications que ses joueurs lui ont demandé de lire à leur place devant les caméras du monde entier. « Le premier truc que je me dis : “Putain, c’est pas eux qui ont écrit ça, y a pas de fautes d’orthographe…” »
😇 Jeudi, après la diffusion sur Netflix, Raymond Domenech a publié un texte sur ses réseaux, s’estimant « meurtri et trahi » : « Je n’ai pas accepté de participer à ce documentaire pour faire parler de moi, ni pour régler mes comptes. J’ai depuis longtemps abandonné l’aigreur, et ce qui se voulait une thérapie est devenu une poubelle haineuse. » Imagine s’il avait voulu régler des comptes…
🎣 Il y a peu, le même Domenech confiait au mag des Girondins de Bordeaux : « J’ai découvert la vie, ce qu’est une vie sans contraintes. Je suis retraité, je fais ce que je veux, quand je veux. Je ne me lève pas le matin en me disant : quelle catastrophe va me tomber sur la tête aujourd’hui ? » On a connu des retraites moins catastrophiques.
💀 Ne le jugeons pas trop vite. Peut-être souhaite-t-il s’inscrire dans cette tradition française qui consiste à publier des vacheries contre ses contemporains, mais seulement sur le tard ; Jules Renard, Paul Léautaud, les frères Goncourt, et tant d’autres plumes vipérines. Ma préférence, signée Jules Renard : « Mallarmé, intraduisible, même en français. »