OPINION. Le PSG en finale : larmes de joie, larmes de colère. La chronique d’Apolline de Malherbe

Retrouvez la chronique d'Apolline de Malherbe.
LTD/CHRISTOPHE MEIREIS/ABACAPRESS

Retrouvez la chronique d'Apolline de Malherbe.
LTD/CHRISTOPHE MEIREIS/ABACAPRESS
Jeudi matin, les supporters du Paris Saint-Germain ont peu dormi. La veille, leur équipe s’est qualifiée pour la finale de la Ligue des champions, face au Bayern Munich (1-1). Après un match aller déjà légendaire. Neuf buts en tout (5-4).
Ils retournent travailler la voix cassée, les yeux cernés, mais portés par un bonheur et une émotion que seuls peuvent comprendre les historiques. Ceux qui se souviennent que le PSG, ce fut des années d’humiliation, « des galères et des combats », et leur joie n’en est que plus totale.
Il est 7h06 quand Raoul m’appelle sur RMC, il est maçon à Mantes-la-Jolie. Il faut entendre sa voix. Je l’imagine grand gaillard, et pourtant ce matin sa voix chevrote. Il sanglote de joie. « Mon fils était à Munich, dans le stade. Partager ça avec lui, c’est tellement beau. On s’est appelés, il m’a dit “papa on l’a fait”, et on a pleuré ensemble! » Raoul pleure encore au téléphone ce matin. « Moi, j’étais avec ma femme et mon chien à la maison. C’était gigantesque. On a tellement souffert pendant des années, Apolline, que là, deux fois de suite, vous pouvez même pas imaginer ! C’est tellement beau ! » Jean-Claude a 76 ans, lui aussi est en larmes quand il m’appelle au 32 16. Il vit à Montargis.
« Heureux, heureux, heureux ! Je vous écoute, Apolline, mais je pleure. Je suis supporter du PSG depuis 1970 ! C’est magnifique, c’est magnifique ! C’est trop beau ! Et mon cœur a tenu ! Ça y est ! Je peux mourir maintenant ! » Ali, chauffeur de poids lourds dans la Loire, appelle à 7h45, depuis son camion. Supporter lyonnais, il a pourtant vibré pour le PSG : « Je suis pour le foot français ! » Et Anne-Marie, elle, m’appelle à 8 heures en rentrant chez elle. Elle travaille de nuit, surveillante dans un hôtel en région parisienne : « Moi qui regarde le foot depuis quarante ans, enfin Paris a compris qu’une équipe, c’est une équipe ! J’ai pleuré, Apolline, j’ai pleuré comme une enfant. La nuit a été tellement belle !! »
Et puis, au fur et à mesure que le jour avance, on découvre les images et les dégâts. Sur le fond rouge des fumigènes, ces silhouettes qui courent dans tous les sens, capuche et chaos. Ça tourne à l’affrontement. La police sort les matraques et les gaz lacrymogènes. Et l’on voit des véhicules de police contraints de reculer, face aux jeunes qui improvisent des barricades, s’emparent de Vélib’, projetés directement sur le pare-brise. Il a fallu sortir la Brav-M, ces unités de CRS à moto, pour libérer les voies de circulation, empêcher une occupation du périphérique ou le pillage d’une supérette dans le 16e.
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Les mortiers d’artifice ne sont que les attributs détournés de la fête. Mais ce n’est pas la fête. Paris à cette heure n’est plus une fête, et on est loin des larmes de joie de Jean-Claude, de Raoul ou d’Anne-Marie. Soixante-sept feux de poubelle, selon les pompiers. Onze personnes blessées, dont une gravement par ces fameux mortiers d’artifice, par ailleurs officiellement interdits…
Et 23 policiers blessés ; 127 interpellations, au motif de participation à un groupement en vue de commettre des violences, détention d’engin pyrotechnique ou violences et dégradation par incendie. Parmi eux, 14 mineurs qui ne résidaient pas à Paris. Côté parquet de Paris, on précise que ce sont donc 86 majeurs qui ont été placés en garde à vue, 19 de ces gardes à vue ont été prolongées, 11 personnes ont été déférées.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, parle de « débordements qui deviennent malheureusement habituels les soirs de victoire du Paris Saint-Germain ».
On célèbre un match, pas la violence.Caillasser nos #FDO, c’est cracher sur les valeurs sportives et sur cette magnifique victoire du #PSG.#soutienFDO à nos collègues présents face aux sauvageons qui confondent célébration et chaos.#Bayernpsg #Paris pic.twitter.com/oos41v7cIv
— Officiers et Commissaires de police (@PoliceSCSI) May 7, 2026
Daniel Riolo, dont l’After Foot RMC avait été délocalisé sur les Champs-Élysées le soir de la victoire du PSG en finale de la Ligue des champions 2025, les avait vues, ces scènes de pillage et d’affrontement : « Ce sont des gens qui viennent pour régler leurs comptes avec la société, ce ne sont pas des supporters qui viennent pour fêter la victoire. » Le syndicat des officiers et commissaires de police réagit avec cette déclaration sur X : « On célèbre un match, pas la violence. Caillasser nos [forces de l’ordre], c’est cracher sur les valeurs sportives et sur cette magnifique victoire [qualification] du PSG. Soutien à nos collègues présents face aux sauvageons qui confondent célébration et chaos. »
Tous les regards se tournent maintenant vers la soirée du 30 mai. La finale, PSG-Arsenal. Côté pile, les larmes de joie avec Jean-Claude, Raoul, Ali et Anne-Marie. Côté face, les larmes de colère, si, à nouveau, ça dégénère.