Les salariés seront les premiers touchés par la nouvelle taxation des entreprises, déplore Sophie de Menthon, présidente du mouvement Ethic, et Benoît Perrin, directeur de Contribuables Associés.
La lutte des classes refait surface mais s’est étendue à l’entreprise. À gauche, on veut opposer systématiquement « patrons exploiteurs » et « salariés exploités ». Les syndicats en ont fait leur credo, même s’ils représentent moins de 5 % des salariés et l’idée fait son chemin. Le gouvernement, lui, se nourrit de ces critiques pour taxer de plus en plus : en effet, son dernier budget compte une nouvelle fois sur la taxation des entreprises pour rétablir les comptes publics, en attendant, pas de trace d’une moindre économie de l’État.
Cette rhétorique peut séduire. Elle flatte les ressentiments mais elle repose sur une erreur fondamentale : croire qu’on peut affaiblir durablement les entreprises sans toucher les salariés ; la réalité économique et sociale est en effet toute autre : chefs d’entreprise et salariés évoluent dans la même dynamique d’intérêt mutuel. Et ce qui est nouveau, c’est que les Français, eux, majoritairement l’ont compris !
La prospérité d’une entreprise n’est pas contraire à l’intérêt des salariés ; elle en est au contraire la condition première. Mais prospères ou pas l’État prélève sur leur dos tellement d’impôts et de taxes qu’elles ne peuvent pas autant redistribuer. Avec les prélèvements des plus importants au monde, nos entreprises ne s’enrichissent pas assez et par conséquent nos salariés non plus, en proportion de la valeur créée.
Par ses prélèvements abusifs, c’est l’État qui entretient la lutte des classes : ce ne sont pas les patrons qui paient mal (même si cela peut être le cas), ce sont les taxes et les prélèvements qui grèvent les salaires avec le plus grand différentiel mondial entre le brut et le net. D’où l’importance de l’actionnariat salarié pour associer les collaborateurs à la réussite de leur entreprise.
Surtout que les chiffres le prouvent, l’État appauvrit les Français doucement (pas si doucement que ça) mais sûrement : pour la troisième année consécutive, le PIB par habitant français est inférieur à la moyenne européenne. Or, une entreprise profitable crée de la richesse. Cette richesse permet d’investir, d’innover, d’augmenter les salaires, d’offrir des formations et de créer de nouveaux emplois.
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Sans rentabilité, il n’y a ni augmentation de salaires, ni création d’emplois, ni pérennité des postes.
Sans rentabilité, il n’y a ni augmentation de salaires, ni création d’emplois, ni pérennité des postes : quelle que soit sa taille, une entreprise qui ne gagne pas d’argent réduit sa voilure, licencie, ou ferme. C’est d’abord cette logique qui doit être prise en compte. Un patron acculé par les charges et les taxes, c’est un patron qui licencie. Cette logique de bon sens devrait être partagée par tous, syndicats et politiques. Or, elle ne l’est pas.
Ce constat fonde une logique de coopération, non d’affrontement. Les salariés sont les premiers bénéficiaires d’un environnement entrepreneurial sain : emplois stables, perspectives de carrière, partage des résultats (intéressement et participation), accès à des programmes d’épargne salariale, etc. Loin du schéma caricatural d’une lutte « classes contre classes », l’entreprise structurée autour d’objectifs rentables est un lieu de synergie et l’entreprise est un facteur de bien vivre ensemble.
Malheureusement, le projet de budget du gouvernement va contre tout bon sens, on tire à vue sur les entreprises donc sur les salariés. Rien n’est fait pour redresser le déficit public. Les promesses s’enchaînent, les actes ne suivent pas. Surtaxes exceptionnelles, alourdissement des prélèvements, réduction des allègements de charges : tout est bon pour faire payer « ceux qui peuvent ».
Mais qui paie véritablement ? Les salariés. Directement, par des hausses de cotisations ou des gels de salaires. Indirectement, par des suppressions de postes et des délocalisations. D’ailleurs, de nombreux jeunes Français l’ont souvent bien compris. Pour augmenter leur pouvoir d’achat, ils se mettent à leur compte. L’absurdité culmine avec cette idée que l’on pourrait « taxer les profits » sans conséquence.
Comme si les profits, là encore, n’étaient pas déjà largement fiscalisés et les plus élèves du monde : impôt sur les sociétés, cotisations patronales, flat tax sur les dividendes. En vérité, chaque euro prélevé sur une entreprise est un euro de moins pour le pouvoir d’achat et tout ce qui en découle. Cette tentation fiscale traduit une fausse vision comptable. Car sur qui compter aujourd’hui véritablement sinon les entreprises qui sont la colonne vertébrale de la France ? Ce n’est pas seulement une question budgétaire : c’est une question de politique économique fondée sur la réalité des marchés et de la croissance.
Pensons aussi aux investisseurs étrangers : comment les attirer avec une fiscalité confiscatoire ? C’est tout un état d’esprit administratif qui nous gouverne. Et les hommes politiques qui nous dirigent ne connaissent pas l’entreprise et n’y ont souvent jamais travaillé. Il faut qu’ils l’intègrent : on ne pourra pas échapper, pour réformer durablement et concrètement la France, à faire intervenir des chefs d’entreprise de quelque façon que ce soit. « J’aime ma boîte ! » disent les salariés ! Mieux, ils sont 60 % à penser que leur patron les aime, selon le sondage OpinionWay pour J’aime ma boîte, 2024.
La vraie opposition n’est pas entre patrons et salariés, elle est entre ceux qui créent de la richesse et ceux qui la consomment sans la produire.
Cela n’arrange ni la gauche ni les politiques qui veulent encore et toujours jouer sur une fausse opposition patronale et salariale. Voire électorale ! Alors que le discours public se radicalise parfois autour de schémas idéologiques datés, nous appelons à retourner à une analyse pragmatique et constructive : soutenir la création de richesse, encourager l’investissement, alléger la pression fiscale improductive, et ainsi renforcer l’emploi et les salaires — pour le bénéfice collectif de toute la société.
En un mot : stimuler la création de valeur, permettre à ceux qui le méritent de s’enrichir, sans ponctionner sans cesse ceux qui, par leur travail, financent les prestations sociales et les services publics. Pour cela, il faut notamment que l’inactivité rapporte toujours moins que le travail.
Où est la logique que celle qui consiste, avec l’argent des contribuables, à subventionner le travail par la prime d’activité ? Au lieu de laisser de nouvelles marges de manœuvre financières aux entreprises, on redonne partiellement d’une main ce que l’on prend de l’autre. À quand le retour du bon sens ?
La vraie opposition n’est pas entre patrons et salariés. Elle est entre ceux qui créent de la richesse — entrepreneurs, salariés, artisans, commerçants — et ceux qui la consomment sans la produire : administrations pléthoriques, dépenses publiques inefficaces, bureaucratie étouffante. Il faut inverser la tendance.
Mais ne rêvons pas : ce ne sont pas ceux qui sont formés pour administrer qui vont renverser la vapeur. Salariés et entrepreneurs de tout le pays, unissons-nous, battons-nous pour que les salaires ne soient pas amputés par l’État et exigeons la vraie liberté d’entreprendre.