Les affres d’une féministe macroniste. La chronique de Pauline Delassus

Retrouvez la chronique de Pauline Delassus.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
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Publier un plaidoyer féministe chez Fayard, l’éditeur de Jordan Bardella, Philippe de Villiers, Éric Zemmour et Marion Maréchal, il fallait oser. Pour sa Machosphère, essai de 192 pages en librairies depuis janvier, Marlène Schiappa a choisi une « sphère » pas vraiment propice à la lutte contre le patriarcat. De même pour la promotion de l’ouvrage, qu’elle assure notamment sur Europe 1 et dans les pages du JDNews, propriétés de Vincent Bolloré comme sa maison d’édition.
« J’ai été absolument libre dans l’écriture, assure, quand nous la rencontrons, l’ex-secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. Y compris au sujet des mouvements masculinistes d’extrême droite. » Elle déclare, en revanche, qu’elle n’ira plus sur CNews : « J’ai toujours parlé partout, mais maintenir Jean-Marc Morandini à l’antenne, ce n’est pas possible. »
Son livre raconte d’abord une expérience personnelle, le cyberharcèlement qu’elle subit à son entrée au gouvernement en 2017. Attaques sur son apparence, photomontages pornographiques, centaines de messages injurieux et menaçants, appels au viol : celle qui fut d’abord patronne d’une société de production de contenus Web, créatrice du blog « Maman travaille », découvre le pire d’un monde où elle a fait carrière. « La machosphère, c’est cette force invisible mais bien réelle qui, derrière des pseudonymes ou des avatars, déverse chaque jour des torrents de misogynie en ligne », définit-elle en préambule.
C’est dans l’action politique que Marlène Schiappa trouve des raisons de ne pas céder à la peur que ces assauts digitaux déclenchent chez elle et ses proches. La « loi Schiappa » voit le jour en août 2018 et permet d’ajouter au Code pénal une infraction, les raids numériques, soit les campagnes de harcèlement en ligne organisées, mises en scène et anonymes. La notion de « harcèlement en meute » apparaît, une méthode d’intimidation dont les femmes sont les premières cibles. L’autrice décrit l’évolution de ces phénomènes agressifs et cite comme premiers responsables les influenceurs masculinistes, des « gourous misogynes 3.0 », « figures de proue du combat contre les femmes ».
Un chapitre est consacré aux internautes islamistes, des prédicateurs radicaux « pro-charia » dont l’obsession pour les normes patriarcales est égale à celle des « mascus » de l’alt-right. « Ils se rejoignent, se parlent, convergent, agissent parfois de concert malgré leurs divergences », note Marlène Schiappa. Elle cite les plus célèbres victimes de cette violence machiste. Il y a les Américaines Hillary Clinton, Michelle Obama, Kim Kardashian, Meghan Markle, Selena Gomez ; les Françaises Nadia Daam, Alice Coffin, Sandrine Rousseau, Lena Situations, Brigitte Macron ; les personnalités féminines des JO de Paris Aya Nakamura, Daphné Bürki, Barbara Butch ; les politiques Najat Vallaud-Belkacem, Clara Chappaz, Aurore Berger, Nathalie Kosciusko-Morizet. Toutes, visées par les mêmes insultes et les mêmes dénigrements, voient leur image et leurs propos moqués et détournés des jours durant et dans des milliers de posts.
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Au contact des représentants français des géants de la tech, qu’elle rencontre dans son bureau, l’ancienne ministre, qui quitte le gouvernement à la suite des révélations sur la mauvaise gestion financière du fonds Marianne dont elle fut à l’initiative, prend conscience de l’inertie des plateformes. L’absence de contrôle et de modération des abonnés de X, Facebook, Instagram ou TikTok est un encouragement pour la « machosphère » et une mise en danger des internautes les plus jeunes et les plus fragiles.
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