Face à la pédocriminalité, à la pornographie en ligne ou encore au cyberharcèlement, Anne Le Hénanff appelle à faire de la protection des enfants et des adolescents sur internet un impératif absolu.
À l’heure où la présidence canadienne du G7 touche à son terme, une question simple mais décisive nous est collectivement posée : quelle vision du numérique voulons-nous défendre pour les années à venir ? Allons-nous laisser les règles du monde numérique être écrites par quelques grandes plateformes privées surpuissantes – et non européennes – ou allons-nous choisir de reprendre collectivement la main pour protéger ce qui nous est le plus précieux : nos enfants ?
Dans quelques mois, la France assurera à son tour la présidence du G7. Dès février, nous engagerons nos travaux avec une ligne directrice claire : faire de cette présidence une opportunité pour inscrire à l’agenda international les priorités que nous estimons essentielles.
Parmi elles, j’identifie un impératif absolu : la protection des mineurs en ligne. Nos jeunes grandissent dans un environnement numérique dont les règles n’ont jamais été pensées pour eux. Je rencontre chaque semaine des parents, des enseignants, des associations, des professionnels de santé. Tous me partagent leur inquiétude : la pression numérique sur nos jeunes est devenue insoutenable.
Les bulles algorithmiques qui enferment, la désinformation qui brouille les repères, le cyberharcèlement qui détruit des vies, la pédocriminalité qui prospère, l’exposition précoce à une pornographie hyperviolente, les mécanismes d’addiction conçus pour capter toujours plus d’attention… Ces phénomènes ne sont plus exceptionnels mais structurels. Ils touchent toutes les familles, tous les milieux, dans tous les territoires.
Nous en voyons chaque jour les conséquences désastreuses. Nous ne pouvons donc plus dire que nous ne savions pas. Cette lucidité ne doit pas conduire à la paralysie ou à la résignation mais au contraire à l’action. C’est tout le sens des réflexions portées ces derniers jours par le président de la République auprès des lecteurs de la presse régionale.
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Redonnons-leur le temps de se construire et le droit d’être des enfants.
N’en déplaise aux amateurs de polémiques vaines et stériles qui ont propagé sans vergogne des fausses informations pour instrumentaliser ses propos, le Président trace une vision et surtout acte une rupture : le temps où nous restions aveugles au far west numérique est révolu, place à l’action et à la reprise en main de nos vies en ligne.
Protéger nos enfants, « un choix de civilisation »
La première réponse à ces phénomènes à laquelle je suis particulièrement attachée en tant que ministre du Numérique est l’instauration d’une majorité numérique dès 15 ans, âge en deçà duquel nos jeunes doivent être préservés des réseaux sociaux et de leurs dérives : il en va de leur bien-être et de leur avenir. C’est la condition pour empêcher que nos enfants soient exposés à des contenus qu’aucune société adulte n’accepterait dans une école, une cour de récréation ou un salon familial.
Sortons des discours produits par les plateformes elles-mêmes. Non, les adolescents et les enfants ne seront pas privés de liberté par des mesures de régulation. Au contraire, nous leur redonnerons le temps et l’espace nécessaire pour s’épanouir, lire, rêver, jouer, grandir et créer des liens. Redonnons-leur le temps de se construire et le droit d’être des enfants.
Ils n’y arriveront pas seuls : nous, adultes, parents, grands-parents, nous devons leur montrer l’exemple. Nos vies, le temps que nous dédions à nos enfants, à nos proches, à nos amis, à nos passions, ne doivent plus être aspirés par les sollicitations virtuelles. La prise de conscience doit engager tous les pays et être partagée entre toutes les générations.
Assumons la responsabilité du politique. Longtemps, la France a porté seule ce combat. Aujourd’hui, sous l’impulsion du président de la République, de nombreux États membres de l’Union européenne se rallient à cette exigence de responsabilité. Et ce n’est que le début ! L’Australie sera ce 10 décembre la première nation à limiter l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Le mouvement de bascule est enclenché.
Les États ont une responsabilité immense et un rôle à jouer pour renforcer les leviers de régulation des plateformes.
Au-delà de cette seule mesure, nous devons aller encore plus loin et construire des consensus internationaux bien au-delà des seules frontières européennes. La présidence française du G7 devra nous permettre de porter un message sans ambiguïté : les États ont une responsabilité immense et un rôle à jouer pour renforcer les leviers de régulation des plateformes. La protection des plus jeunes doit cesser d’être un vœu pieux et devenir un standard mondial.
Arrêtons de détourner le regard. Protéger nos enfants en ligne n’est pas seulement un combat moral, et encore moins un combat partisan. C’est un choix de civilisation.
Nous sommes la première génération d’adultes dont les enfants grandissent dans un univers numérique plus puissant que les repères, les cadres et les institutions qui devraient les accompagner. Il serait irresponsable de laisser cet univers se définir sans nous. Nous avons la capacité d’agir et la responsabilité de prouver qu’une démocratie peut réguler la technologie sans renoncer à l’innovation. C’est cette ambition que portera la France au G7.