OPINION. « Le plan d’action de l’État Objectif Reprises ne suffira pas : il faut un plan national pour les TPE-PME », par Sylvain Bianchini, CEO de WiiSmile
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Sylvain Bianchini, CEO de WiiSmile
LTD/Sebastien Borda
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Sylvain Bianchini, CEO de WiiSmile
LTD/Sebastien Borda
Le plan d'action de l’État annoncé dans le cadre d'Objectif reprises, issu de la Mission Reprise, avec l’envoi d’un courrier aux dirigeants de 55 ans, la création d’un guide national commun, la rénovation de la Bourse de la transmission de Bpifrance et l’organisation d’événements de rencontre dans chaque département, va dans le bon sens. Face aux quelque 500 000 entreprises qui devront être transmises dans les dix prochaines années, personne ne contestera l’utilité de mieux organiser la reprise. Mais il faut le dire clairement : cela ne suffira pas.
Car le sujet n’est pas seulement la transmission. Le vrai problème français est plus profond : nous n’avons toujours pas de vision d’ensemble pour les TPE et les PME. Nous traitons leurs difficultés par blocs séparés - un jour la reprise, un autre le financement, puis la simplification, l’export ou les délais de paiement - sans jamais bâtir la stratégie transversale qu’elles appellent.
C’est une erreur de diagnostic. Les TPE et PME ne sont pas une catégorie secondaire de notre économie. Elles en sont le socle. Elles créent l’emploi, maintiennent l’activité dans les territoires, préservent des savoir-faire, structurent des filières et font vivre des bassins économiques là où les grands groupes se sont parfois retirés. Elles sont aussi beaucoup plus décisives pour la cohésion nationale qu’on ne le dit. On l’oublie souvent, mais 96 % des entreprises mécènes en France sont des TPE ou des PME.
Leur faiblesse n’est pas un manque d’énergie. C’est l’accumulation de freins connus : accès au financement, tensions de trésorerie, retards de paiement, instabilité réglementaire, difficulté à recruter, à transmettre, à exporter, à changer d’échelle. À force de traiter ces sujets séparément, on empile des outils sans régler le problème central.
Or une transmission réussie dépend précisément de tout le reste. Une entreprise se transmet d’autant mieux qu’elle est rentable, financée, structurée, accompagnée, attractive et projetée dans l’avenir. À cet égard, les mesures annoncées aujourd’hui - meilleure information des cédants et repreneurs, mobilisation des experts-comptables, promotion des outils de Bpifrance, sécurisation du pacte Dutreil, appui au crédit vendeur et à la reprise salariale - sont utiles, mais faire de la reprise un sujet isolé, c’est risquer de traiter la conséquence sans traiter les causes.
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La France a donc besoin d’autre chose qu’un dispositif supplémentaire : elle a besoin d’un plan national pour les TPE-PME, piloté au plus haut niveau de l’État. Un plan simple, lisible, interministériel, articulé autour de quelques priorités claires : sécuriser les délais de paiement, soutenir la santé du dirigeant, promouvoir et pérenniser l'apprentissage, faciliter la construction de logements accessibles dans les bassins d'emplois sur les territoires, et soutenir l’export.
Le sujet est aussi culturel. Trop d’entrepreneurs restent seuls, hésitent à se structurer, à s’entourer ou à ouvrir leur capital. Pourtant, l’isolement fragilise ; l’ouverture permet d’investir, d’innover, de recruter et de transmettre dans de meilleures conditions. De ce point de vue, le plan a le mérite de mieux faire entrer la reprise dans la culture entrepreneuriale, notamment auprès des jeunes, mais il reste en deçà d’une véritable politique de puissance pour les TPE-PME.
Nous parlons souvent des grandes entreprises parce qu’elles impressionnent. Mais ce sont les petites et moyennes qui tiennent réellement le pays. Tant qu’elles resteront un angle mort de la politique économique française, nous continuerons à commenter leur fragilité au lieu d’organiser leur puissance.
La reprise est un enjeu majeur. Mais elle n’est qu’une pièce du puzzle. Le plan annoncé aujourd’hui en améliore certains rouages ; il ne tient pas lieu d’ambition d’ensemble. Ce qu’il faut désormais, c’est une ambition nationale pour celles qui font vivre l’économie réelle.
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