OPINION. « Il faut plus de femmes politiques à l’écran », par Martin Ajdari, président de l’Arcom

Martin Ajdari, président de l'Arcom.
LTD/S. Grangier/Arcom

Martin Ajdari, président de l'Arcom.
LTD/S. Grangier/Arcom
À l’occasion de la Journée des droits des femmes, l’Arcom publiera, la semaine du 9 mars, une étude sur la place des femmes dans les programmes concourant à l’information et, pour la première fois, une étude posant les jalons d’une meilleure appréhension du sexisme en ligne et des tendances dites masculinistes. Ces études montrent, avec d’autres, la nécessité de continuer à agir pour l’égalité.
Le premier constat de l’Arcom, en cette période électorale, c’est que les femmes politiques restent minoritaires dans les médias audiovisuels, encore plus qu’elles ne le sont en politique. La place des femmes en politique a incontestablement progressé ces dernières années, passant depuis 2000 de 10 % à 20 % parmi les maires (c’est encore trop peu) et de 10 % à près de 40 % chez les députés et sénateurs.
La présence des femmes dans les médias s’est elle aussi renforcée : depuis quinze ans et le rapport Reiser-Grésy, on compte près de deux fois plus d’expertes en plateau, et la parité est atteinte s’agissant des présentatrices de journaux télévisés ou des animatrices de débats. Mais pour les femmes politiques, le compte n’y est pas.
En 2024-2025, un quart des personnalités politiques dans les médias audiovisuels étaient des femmes – un taux qui stagne depuis 2023. Et il n’y a eu sur cette même période que deux femmes dans le top 15 des personnalités politiques s’exprimant le plus. Le constat n’est guère plus satisfaisant en période électorale : aux élections européennes, alors que les listes sont parfaitement paritaires, les femmes n’ont représenté que 44 % du temps de parole. Pour les législatives de 2024, l’Arcom a recensé 35 % de temps de parole, pour 41 % de candidates.
Cette situation doit nous interpeller et susciter une mobilisation collective, des pouvoirs publics, des partis politiques, des médias et, au-delà, de tous nos concitoyens. Il faut en effet se garder de jeter la pierre aux seules chaînes de télévision et de radio, dont les efforts et l’engagement, ceux du service public en tête, ont permis les progrès évoqués, notamment par la constitution d’annuaires d’expertes, la formation des journalistes et la féminisation des plateaux.
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Mais, bien que confrontés à un contexte économique difficile et à la concurrence inéquitable des géants numériques, les médias traditionnels restent le lieu d’ancrage du débat public et de construction des représentations. C’est pourquoi il faut continuer d’y poursuivre l’objectif de parité.
Un second défi, d’une tout autre nature, se présente sur les réseaux sociaux. Ces réseaux, où plus de la moitié de nos concitoyens s’informent, jouent un rôle croissant dans la formation de l’opinion et des consciences. Pas plus les règles que les pratiques n’y sont les mêmes que sur les médias audiovisuels, de la parité aux atteintes sexistes.
Dans le cadre de sa mission de régulation des services numériques, l’Arcom produit pour la première fois un rapport portant sur les discours sexistes observés en ligne sur deux importants réseaux sociaux. Les quelque 20.000 contenus analysés mettent en évidence un sexisme multidimensionnel, souvent violent, exacerbant un ensemble plus large de discriminations.
Selon les travaux de recherche cités dans ce rapport, 70 % des commentaires physiques désobligeants portant sur des personnalités politiques ciblent des femmes, et les femmes politiques reçoivent de deux à trois fois plus d’attaques personnelles que les hommes, alors même qu’elles sont moins nombreuses à être têtes d’affiche.
Face à ces comportements délétères pour notre cohésion sociale, et qui visent à intimider les femmes qui exercent des fonctions de pouvoir ou y aspirent, nos médias historiques sont d’abord un rempart essentiel. Pour cela, ils doivent être protégés. La place qu’ils sauront donner aux femmes politiques est un des meilleurs remèdes aux dynamiques sexistes observées et parfois amplifiées par les réseaux sociaux.
L’Arcom prendra sa part en les accompagnant sur le chemin de l’égalité, et en approfondissant l’étude des mécanismes à l’œuvre en ligne afin de mieux mesurer, pour pouvoir les combattre, les risques systémiques qu’ils engendrent pour notre société. Cet objectif doit continuer à nous mobiliser tous, sur l’ensemble de l’espace informationnel, notamment en ligne. C’est aussi là que se joue l’avenir de l’égalité entre les femmes et les hommes.