OPINION. « Rebaptisons la station de métro Crimée en station Crimée-Ukraine », par Oleksandra Matviichuk, Yann Arthus Bertrand et Isabelle Autissier

Oleksandra Matviichuk, Yann Arthus Bertrand et Isabelle Autissier
LTD/Anem

Oleksandra Matviichuk, Yann Arthus Bertrand et Isabelle Autissier
LTD/Anem
La station de métro « Crimée », située dans le 19ᵉ arrondissement de Paris, porte depuis plus d’un siècle le nom d’un territoire qui est, aujourd’hui tragiquement, au cœur de l’histoire européenne contemporaine.
Depuis l’annexion illégale de la Crimée par la Fédération de Russie en 2014, puis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine lancée en 2022 par le régime de Vladimir Poutine, la géographie est devenue un champ de bataille politique et symbolique. Les mots, les cartes, les noms mêmes des lieux sont utilisés pour effacer des peuples, nier des frontières reconnues internationalement et imposer par la force une falsification du réel.
La Crimée est reconnue par la France, par l’Union européenne et par l’immense majorité de la communauté internationale comme faisant partie du territoire souverain de l’Ukraine. Dans ce contexte, nous proposons que la station « Crimée » soit renommée : « Crimée – Ukraine ».
Ce geste serait à la fois simple, pédagogique et profondément symbolique.
Il ne s’agirait pas de réécrire l’histoire parisienne ni d’effacer le nom historique de la station, mais d’y ajouter une précision géographique et politique conforme au droit international et aux valeurs que la France défend : la souveraineté des peuples, le refus des annexions par la force et la solidarité avec les nations agressées.
Paris a souvent su faire de son espace public un lieu de mémoire et de conscience universelle. De nombreuses rues, places et stations rendent hommage à des combats pour la liberté, contre les totalitarismes et pour la paix.
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Ajouter « Ukraine » au nom de la station « Crimée » serait un signal clair : la France n’accepte ni l’effacement de l’Ukraine, ni la banalisation de l’agression russe.
Cette nouvelle appellation constituerait également un message de soutien adressé au peuple ukrainien, qui défend depuis des années sa liberté, son indépendance et, au-delà, une certaine idée de l’Europe.
Nous espérons que cette proposition retiendra votre attention et pourra faire l’objet d’un examen favorable par les autorités compétentes.
Signataires :
– Alim Aliev, activiste tatar de Crimée, défenseur des droits humains ; directeur adjoint de l’Institut ukrainien ; cofondateur de l’initiative Crimean House
– Yann Arthus-Bertrand, photographe
– Isabelle Autissier, écrivaine
– Dominique Bourg, philosophe
– Refat Chubarov, homme politique et personnalité publique criméenne ; président du Mejlis du peuple tatar de Crimée ; leader du mouvement national des Tatars de Crimée en Ukraine et dans le monde
– Iryna Dmytryshyn, institut Ukrainien en France ; maîtresse de conférences à l’INALCO ; spécialiste de l’Ukraine et du monde post-soviétique
– François Gemenne, professeur d’université
– Akim Halimov, journaliste, producteur et présentateur de télévision ukrainien ; fondateur de projets documentaires consacrés à l’histoire et à l’identité ukrainiennes
– Yves Jeuland, réalisateur
– Pavlo Klimkin, diplomate ukrainien ; ministre des Affaires étrangères de l’Ukraine de 2014 à 2019 ; expert en politique étrangère et sécurité européenne
– Anastasiia Levkova, écrivaine ukrainienne ; chevalière de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République française
– Thierry Marx, chef cuisinier étoilé
– Oleksandra Matviichuk, avocate et défenseure des droits humains ukrainienne ; présidente du Centre pour les libertés civiles ; lauréate du Prix Nobel de la paix 2022
Edward Mayor, président de l’ONG Stand With Ukraine
– Anastasia Mikova, cinéaste
– Carlos Moreno, directeur scientifique de la chaire ETI à la Sorbonne
– Serge Orru, environnementaliste
– Jean-François Rial, dirigeant d’entreprise
– Tamila Tasheva, députée ukrainienne, défenseure des droits humains et figure du mouvement tatar de Crimée ; ancienne représentante permanente du Président de l’Ukraine en République autonome de Crimée ; cofondatrice de l’initiative CrimeaSOS
Antoine Vitkine, journaliste, réalisateur de documentaires
– Fabrice Puchault — Directeur « Société et Culture », Arte France