François Guihard, président d'INTERBEV ; Isabelle Aprile, présidente SNRC ; Yves Marie Beaudet, président CNPO ; Jean-Michel Schaeffer, président d'ANVOL.
Face à l'érosion de la souveraineté alimentaire en France, quatre représentants de la restauration collective et des filières agricoles font de la « restauration collective concédée » une référence en matière d'alimentation locale. Ils dressent les obstacles qui freinent leur action.
85% des Français déclarent vouloir consommer local — mais à peine la moitié y parvient pour des raisons économiques. 1 Ce paradoxe résume à lui seul le défi que nous, entreprises de la restauration collective et représentants de filières agricoles, relevons chaque jour : nourrir des millions de convives avec des produits locaux et de qualité, dans un contexte où l'offre alimentaire cède de plus en plus aux importations.
La France, premier pays agricole d'Europe, dispose pourtant d'un modèle unique mais menacé : diversité des espèces (poulet, dinde, canard, caille, pintade, pigeon, etc. ) et des modes de production en volailles (standard, Label Rouge, Bio etc. ), viande de bœuf issue de vaches élevées au pâturage, viande de veau issue d’une production durable, mais aussi maraîchage et arboriculture.
La viande, les œufs, les fruits et légumes, les produits laitiers français affichent une diversité et un niveau d'exigence qualitative et nutritionnelle supérieur à celui de nos voisins européens. Mais, face à l’érosion du nombre d’exploitations françaises et à la concurrence de produits importés à moindre coût, notre modèle agricole se fissure et notre souveraineté alimentaire est menacée, et avec elle, notre capacité à nourrir dignement nos enfants, nos aînés, et l’ensemble de nos concitoyens.
Pourtant, un secteur résiste et s'engage massivement en faveur de nos agriculteurs : la restauration collective concédée. En servant près de 6,7 millions de repas par jour dans les écoles, les entreprises, les hôpitaux ou les Ehpad, les entreprises de la restauration collective offrent une profondeur de marché et un débouché sûr et pérenne à leurs partenaires agricoles, avec un chiffre d’affaires annuel de 11,4 milliards d’euros, dont les achats agricoles représentent 40%.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 71% des viandes servies sont françaises, 95% des œufs et 98% du lait et des yaourts proviennent de notre agriculture locale. Les entreprises de la restauration collective sont ainsi des acteurs de la filière alimentaire locale qu’elles participent à structurer. Ces résultats font de la restauration collective concédée la championne de l'origine France pour la restauration. Ce soutien massif n'est pas un hasard : il résulte d’un choix assumé par les élus locaux et nos entreprises, d'un investissement fort en faveur de la Ferme France, malgré un contexte budgétaire contraint et un coût du repas bien inférieur à celui des autres secteurs de la consommation hors domicile.
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La restauration collective a profondément évolué ces dernières années. Elle n'est plus seulement un service : elle est devenue un véritable projet sociétal, social, éducatif et territorial. Elle participe à l'apprentissage du goût chez les enfants, à la transmission de bonnes habitudes alimentaires, à la lutte contre la précarité alimentaire, au lien entre les territoires et leurs producteurs. Elle garantit à tous, quel que soit leur niveau de revenu, l'accès à une alimentation saine, équilibrée, de qualité et durable.
Aucun autre pays ne combine à ce niveau l'exigence gustative, la rigueur nutritionnelle et l'ambition environnementale dans ses cantines. La restauration collective française constitue donc un modèle unique au monde - et un levier puissant de structuration des filières agricoles locales.
Malgré ces succès, des obstacles persistent et freinent notre capacité à faire encore mieux. Le manque de matière première française sur certaines productions, la pression constante sur les prix, la concurrence déloyale de produits importés moins-disant, l'insuffisance des budgets alloués aux collectivités, le manque de visibilité sur le coût réel de l'alimentation de qualité : autant de défis qui exigent une réponse collective et volontariste. Il est temps de donner aux acteurs de terrain - agriculteurs, entreprises de restauration, collectivités- les moyens réels de leurs ambitions.
Pour relever ce défi collectif, nous, entreprises de la restauration collective et représentants des filières agricoles, nous engageons à :
Défendre un modèle agricole d'excellence, en privilégiant la viande française, issue d’élevages familiaux essentiels à l’économie des territoires, tout en veillant au respect du bien-être animal et des normes les plus strictes.
Structurer et soutenir les filières locales, en travaillant main dans la main avec les agriculteurs pour augmenter la production française, en leur garantissant des débouchés pérennes, des volumes prévisibles et une juste rémunération.
Privilégier le fait maison et les produits bruts, pour offrir des repas savoureux et d’une grande qualité nutritionnelle, tout en valoriser le savoir-faire de nos cuisiniers.
Garantir transparence et traçabilité aux convives, sur l'origine des produits cuisinés et servis.
Valoriser le coût réel de l'alimentation de qualité, en défendant publiquement l'idée qu’une alimentation saine, durable et de qualité, a un prix et constitue un investissement collectif.
Appeler au renforcement des budgets consacrés à la restauration collective et aux achats de matières premières, car sans moyens adaptées, il n’est pas possible de s'approvisionner en produits issus de l’agriculture française et de qualité.
L'avenir de notre alimentation se joue aussi dans nos cantines. Entreprises de la restauration collective, agriculteurs, collectivités, pouvoirs publics : nous partageons une responsabilité commun
Signataires :
- Isabelle Aprile, présidente du Syndicat national de la Restauration collective (SNRC) - Jean-Michel Schaeffer, président d’ANVOL (Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair - Yves-Marie Beaudet, président du CNPO (Comité national pour la promotion de l’œuf) - Jean-François Guihard, président d’INTERBEV (Association Nationale Interprofessionnelle du Bétail et des Viandes)