Olivia Grégoire, députée de Paris : « L’éducation alimentaire ne peut pas dépendre des familles »

A Paris, le 13 février 2025.
LTD/Alvaro CANOVAS/SCOOP

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Secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable entre 2020 et 2022, puis déléguée chargée des Entreprises, du Tourisme et de la Consommation entre 2022 et 2024, lors du pic de l’inflation alimentaire en France, la députée (Ensemble pour la République) Olivia Grégoire a touché du doigt les difficultés économiques que rencontrent une partie des Français pour bien se nourrir. Elle s’attaque désormais à un angle mort de cet enjeu : la pédagogie alimentaire.
LA TRIBUNE DIMANCHE – Vous avez organisé cette semaine des États généraux sur l’éducation à l’alimentation et au “bien manger”, et promettez de présenter bientôt une proposition de loi sur ce sujet. Pourquoi ?
OLIVIA GRÉGOIRE – Tout au long de mon expérience ministérielle, j’ai compris que dans un pays avec une si grande histoire culinaire et un si grand attachement à l’agriculture que la France, on ne peut pas laisser la tâche de l’éducation alimentaire aux seules familles ou aux initiatives de quelques collectivités locales. C’est injuste qu’elle dépende des origines ou du code postal. C’est un enjeu de santé publique, mais aussi d’équité.
C’est-à-dire ?
De santé publique, car le surpoids, qui concerne désormais un adulte sur deux en France, et l’obésité, qui en frappe un sur cinq, sont en train de devenir des pandémies. D’équité parce que, pour des raisons d’éducation, de culture ou d’histoire personnelles, tout le monde ne sait pas ou plus comment cuisiner les produits bruts. Les rendre économiquement plus accessibles ne suffit pas toujours à améliorer l’alimentation des ménages les plus démunis. Un sondage que j’avais commandé en 2024 montre que 20 % des jeunes ne font pas la différence entre un concombre et une courgette. Or, en achetant plus souvent des produits transformés, qui sont non seulement mauvais pour leur santé, mais aussi globalement plus chers et davantage exposés à la flambée des prix, ces personnes subissent une double peine. Cuisiner un coleslaw avec du chou et une carotte coûte moins cher que l’acheter déjà préparée, et c’est meilleur sur le plan nutritionnel ! Je propose donc de rendre l’éducation alimentaire obligatoire tout au long de la scolarité, dès la maternelle jusqu’au lycée, dans toutes les écoles de France. Cela se fait déjà au Japon, au Danemark, au Canada, en Finlande… L’objectif est de former les mangeurs, mais aussi les consommateurs, de demain.
Comment introduire une telle obligation dans le programme scolaire, sans trop le perturber ?
Ma proposition de loi ne crée pas un nouvel enseignement. Elle s’insère dans le programme déjà existant. En primaire, elle impose de consacrer à l’éducation à l’alimentation au moins trois séances par an au sein des cours « Explorer le monde » ou « Sciences et Technologies ». Au collège, cette obligation est intégrée dans le parcours éducatif de santé, à raison d'une séance par trimestre minimum. Au lycée, cela prendra la forme d’un module expérimental. Les enseignants pourront aborder l’alimentation de diverses manières : histoire et géographie des aliments, apports nutritionnels, saisonnalité etc. Je prépare en outre un décret qui accompagnera ma proposition de loi, afin de répertorier les ressources extérieures (associations, chefs) sur lesquelles les établissements pourront s’appuyer pour faciliter la mise en œuvre de ces cours. La bonne nouvelle est qu’ils sont déjà très nombreux dans toute la France.
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Dans la restauration scolaire, les objectifs fixés par les lois Egalim (50 % de produits durables et de qualité dont 20 % bio avant 2022) sont pourtant loin d’être atteint. Pour éduquer à l’alimentation, ne faudrait-il pas commencer par le bon exemple dans l’assiette scolaire ?
Je sais que sur ce point nous sommes encore au milieu du gué. Mais créer de nouvelles obligations n’aurait pas de sens : il faut déjà mettre en œuvre celles qui existent. Ma proposition de loi prévoit néanmoins que l’enseignement académique soit complété lors de la pause méridienne par des animations du temps de repas. Elles pourront être tenues par le personnel de l’école, mais aussi par des chefs ou des producteurs, pour montrer aux élèves comment réaliser une recette simple ou faire découvrir un fruit ou un légume de saison. Même si le menu servi n’est pas parfait, et même si les parents ne cuisinent pas à la maison, cette base reçue à l’école gravera quelque chose dans l’esprit des enfants, qui pourront même en devenir prescripteurs.
Le retard dans la publication de la Stratégie nationale alimentation nutrition climat (SNANC) , attendue depuis 2022, en raison notamment de différends sur la consommation de viande et la publicité alimentaire, montre que la question du « bien manger » est devenue extrêmement politique. Comment l’aborder dans le cadre scolaire ?
Le fil rouge doit être la notion d’équilibre alimentaire : c’est ce que nous devons inculquer à nos enfants. Et les enseignants disposent déjà d’une plateforme de référence sur l’éducation à l’alimentation pour adapter le contenu en fonction du niveau des classes.
Mais le contexte politique vous semble-t-il favorable à la promotion du « bien manger »?
Je crois qu’il n’y a pas de mauvais contexte pour parler de cette priorité consistant à donner à tous nos enfants une base d’éducation à l’alimentation. Il ne faut pas oublier que c’est aussi un enjeu de finances publiques, puisque les maladies liées à la mauvaise alimentation coûtent très cher : plus de 100 milliards d’euros par an, selon l’institut Montaigne. Et que c’est aussi un enjeu de souveraineté alimentaire. Il s’agit de former les consommateurs de demain à reconnaître les produits locaux et de saison, donc les produits de qualité issus de l’agriculture française. Il s’agit aussi de préserver notre culture gastronomique, dans un contexte international où la gastronomie est un marché ultra-concurrentiel.
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Les Français se disent très attachés à la provenance et à la saisonnalité de leurs fruits et légumes. Ces critères sont même les deux premiers qui guident leurs achats, devant le prix et l’aspect visuel, selon un sondage publié en février par l’interprofession des fruits et légumes frais (Interfel) et FranceAgriMer. Une préférence qui semble due à des raisons environnementales et sanitaires. Le choix de fruits et de légumes de saison produits localement est en effet un levier essentiel pour réduire l’empreinte carbone de l’alimentation, souligne l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), puisqu’il limite les émissions de gaz à effet de serre liées aux transports ainsi qu’aux énergies de culture. Cultiver hors saison et transporter les fruits et légumes implique, en outre, l’utilisation de davantage de produits chimiques. Devant les étals, souvent, les Français trahissent pourtant leurs intentions. Près d’un fruit ou légume sur deux consommés en France est importé de l’Union européenne ou de pays tiers, regrette Interfel. Et un sur quatre vient de l’étranger car il ne peut pas être produit sur le territoire métropolitain pour des raisons climatiques, comme les agrumes ou fruits tropicaux, ou parce qu’il est consommé hors saison.
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