Chasser la drogue au sommet du pouvoir ? Chiche ! La chronique d’Apolline de Malherbe

Le chroniqueur télé Matthieu Delormeau s'est confié dans son livre « Addictions ».
Magali Cohen/Hans Lucas/AFP

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Montrer l’exemple. Cette semaine, Sébastien Lecornu s’est soumis à un test salivaire pour prouver qu’il n’était pas drogué. Les ministres, les membres des cabinets et une grande partie des hauts fonctionnaires vont aussi devoir se plier à ces tests « inopinés, aléatoires et obligatoires ».
À mon micro, Éric Dupond-Moretti alors ministre de la Justice avait eu cette formule : « Si les gens se tuent, si les gens trafiquent, c’est parce qu’il y a quelques bobos, petits bourgeois, qui, de façon totalement inconsciente, pensent qu’ils ont le droit de fumer du shit le samedi soir. Ce pétard-là, voyez, il a le goût du sang séché sur les trottoirs. » Et cette semaine, Maud Bregeon me répondait : « On ne peut pas pleurer nos morts du narcotrafic dans les quartiers et en même temps consommer de la drogue le samedi soir. »
Il faut donc traquer les consommateurs, tous. Et le Premier ministre reconnaît implicitement que la drogue est partout, y compris au plus haut sommet du pouvoir.
C’est un tabou qui saute. Mais est-ce vraiment une surprise ? Prenons deux personnages emblématiques du monde du pouvoir : Laurent Bigorgne et Richard Descoings. Laurent Bigorgne, l’ancien directeur du très respecté et sérieux Institut Montaigne, était de tous les dîners en ville, dans toutes les sphères de décision. Il a été condamné par le tribunal correctionnel à douze mois d’emprisonnement avec sursis et 2 000 euros d’amende pour avoir drogué à son insu son ancienne collaboratrice.
Il avait versé de la MDMA dans son verre de champagne, afin de « commettre à son égard un viol ou une agression sexuelle ». Laurent Bigorgne avait également reconnu être un très gros consommateur de cocaïne.
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Richard Descoings, haut fonctionnaire, conseiller d’État, emblématique et charismatique directeur de Sciences-Po, au cœur du pouvoir et de l’élite, avait été retrouvé mort, nu, dans une chambre d’hôtel à New York en 2012. Ses excès avaient alors éclaté au grand jour. Dans son enquête Richie, Raphaëlle Bacqué raconte le personnage, « haut fonctionnaire, énarque policé et transparent le jour », et cocktails de drogue, alcool et sexe la nuit.
Et les élus ? Alain Marschall et Olivier Truchot ont interrogé cette semaine le chroniqueur télé Matthieu Delormeau, qui se confie dans son livre Addictions.
« Vous avez vu des hommes politiques faire la leçon le jour et se défoncer la nuit ? » Réponse immédiate de Matthieu Delormeau : « Ah ben j’en ai vu dans mon appartement ! Moi, quand j’ai fait des soirées dans mon appartement, il y avait des policiers, il y avait des gars de la BAC, il y avait des hommes politiques ! Ils prenaient de la cocaïne de la 3-MMC ! »
Le député LFI Andy Kerbrat avait été pris en flagrant délit d’achat et de possession de 3-MMC, la drogue de synthèse utilisée le plus souvent dans des contextes de chemsex. Interpellé, hospitalisé, il est revenu sur les bancs de l’Assemblée et se dit aujourd’hui abstinent.
Joël Guerriau, sénateur Horizons, a été reconnu coupable d’avoir drogué Sandrine Josso en vue de commettre une agression sexuelle, et est condamné à quatre ans de prison. Il avait affirmé s’être procuré la drogue « auprès d’un collègue » au Sénat…
Au fond, est-ce que l’exemplarité, ce ne serait pas d’élargir ces tests à tous les parlementaires ? Que ceux qui font les lois contre le narcotrafic montrent l’exemple. Ce serait cohérent. Et la fin de l’hypocrisie, vraiment.
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