La chronique de Sophie Iborra. « Je me sens rarement attaquée en tant que femme » (Apolline de Malherbe, journaliste et productrice de radio)
Chaque mois, Sophie Iborra rencontre une femme de convictions. Dans cet épisode : la journaliste Apolline de Malherbe. Le podcast « Les Héritières » est à écouter sur les plateformes habituelles et sur Latribune.fr.
Sophie Iborra
Championne de la matinale de RMC, Apolline de Malherbe réveille chaque jour près de 2 millions de Français dans Apolline matin.
Le tableau de son enfance aurait pu être une œuvre signée par son père Guy de Malherbe, artiste peintre. En toile de fond de l'histoire familiale : un petit village de la Sarthe où les Malherbe sont propriétaires d'un château Renaissance du XVe siècle. Avec un nom à particule, sa famille est aussi entrée dans l'histoire grâce à son arrière-grand-mère, Maria-Dolorès, devenue Juste parmi les nations pour avoir caché un jeune Juif pendant l'Occupation.
Mais Apolline de Malherbe n'aime pas qu'on la renvoie uniquement à ses origines. Loin d'une vie de château, elle a choisi de devenir journaliste politique. Championne de la matinale de RMC*, celle qui réveille, chaque jour, près de deux millions de Français dans Apolline matin est devenu un poids lourd de la féminisation des antennes.
Lorsqu'elle entre sur le ring de son Face‑à-face à 8 h 30 sur BFMTV*, rendez-vous qu'elle honorera encore la saison prochaine, l'intervieweuse redoutée surprend et renvoie les coups, quitte à laisser ses invités KO. L'ancien ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, qui crut bon de l'attaquer avec un méprisant « calmez-vous, madame, ça va bien se passer », s'en souvient encore.
De cet épisode médiatique, elle garde un sentiment d'injustice. « J'ai eu un réflexe presque animal, j'avais beaucoup bossé cette interview, les propos du ministre à mon encontre ne sont pas passés. » Elle ne comprend pas tout de suite que c'est la femme journaliste qui est visée. « Je me sens rarement attaquée en tant que femme, c'est le regard des autres femmes, à la suite de l'émission, qui m'a fait comprendre les choses. »
J'ai parfois le sentiment que des meutes sont prêtes à vous mordre les mollets à chaque fin de phrase
Apolline de Malherbe
Ce style cash, hérité de son prédécesseur Jean-Jacques Boudin sur la même antenne, elle le revendique malgré les nombreuses critiques d'une société qu'elle décrit comme de plus en plus clivante : « J'ai parfois le sentiment que des meutes sont prêtes à vous mordre les mollets à chaque fin de phrase. » C'est selon elle le symptôme d'une trop grande médiatisation des journalistes. Car ce qui passionne la patronne de la matinale de RMC, c'est avant tout de partager le quotidien des Français et « de pouvoir parler dans un micro comme on parle dans la vie ».
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Féministe et universaliste
Petite-fille d'Arnaud de Malherbe, conseiller général de la Sarthe et maire de la ville de Marçon pendant quarante-cinq ans, l'ancien soutien du candidat Chevènement lors de la présidentielle de 2002 dit avoir un profond respect pour la fonction d'élu mais regrette le manque d'expérience de la plupart des dirigeants politiques aujourd'hui. « L'engagement local est pour moi la meilleure porte pour comprendre la réalité de millions de Français, je crois que le non-cumul des mandats était une connerie », affirme-t‑elle avant de regretter également que « la fin des clivages droite-gauche voulue par Emmanuel Macron ait dilué la vie politique ».
Avec près de trois heures de direct chaque matin, la journaliste, animatrice et productrice de radio est aussi mère de 4 enfants. Elle s'étonne du paradoxe selon lequel les femmes seraient libres de choisir leur vie tout en devant répondre au diktat de la mère parfaite. « Si vous donnez des petits pots à vos enfants, vous êtes une mauvaise mère, mais en même temps on vous demande d'être la meilleure au boulot ; comment on fait ? » interroge-t‑elle, rieuse.
Si elle revendique un féminisme assumé, elle s'identifie davantage à celui que porte la philosophe Élisabeth Badinter plutôt qu'à celui de la députée Sandrine Rousseau. « Je crois profondément à l'universalisme républicain ; je reconnais à Sandrine Rousseau son rôle et une certaine sincérité dans son engagement, mais pour moi l'affaire Julien Bayou est un désastre », affirme-t‑elle avant d'ajouter : « Personne ne devrait être jeté aux loups avant que la justice ne passe. »
Le féminisme version Malherbe, c'est plutôt celui de l'émancipation des femmes sous toutes ses formes : condition, origine, religion... Elle avoue même que de nos jours il est presque plus facile d'exercer son métier en tant que femme. « On est passées d'un extrême à l'autre. Nous avons certes encore des combats à mener, sur les salaires par exemple, mais j'aimerais que les choses s'apaisent un peu. »
* Propriété de CMA CGM, comme La Tribune Dimanche.