La chronique de Sophie Iborra. « Les femmes aussi ont le droit d’avoir de l’ambition ! » (Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations)
Chaque mois, Sophie iborra rencontre une femme de convictions. Dans cet épisode : Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. Le podcast « Les Héritières » est à écouter sur les plateformes habituelles et sur Latribune.fr.
« Elle n'a pas peurd'enfiler les gants ni de prendre des coups. » Voilà comment l'ex-Premier ministre Gabriel Attal définit l'actuelle ministre déléguée chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations.
Tombée dans le chaudron de la politique à 16 ans, elle grandit à Versailles dans un environnement quelque peu en décalage avec les valeurs de la bourgeoisie locale. Ses parents, tous deux comédiens de doublage, sont « authentiquement féministes ». Ex-soixante-huitards, ils sont syndiqués à la CFDT et votent Mitterrand en 1981.
Mais plus que de politique, c'est de culture qu'il est souvent question à la maison. Baignée dans l'amour des livres et des mots, elle se rêve un temps scénariste, avant le choc du 21 avril 2002, l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. « J'étais frustrée de ne pas avoir pu voter. [...] Devant un certain attentisme, je voulais agir. »
Dès lors, elle va s'employer à construire pas à pas son parcours politique, en choisissant d'abord la droite. « On sortait de cinq années socialistes, j'avais soif de liberté et l'UMP incarnait, à ce moment, le renouveau et le rempart contre l'extrême droite », assure-t-elle.
Pendant que les camarades de promo de cette diplômée de Sciences-Po Paris choisissent de parcourir le monde pour leur année de césure, elle va préférer Bruxelles et le Parlement européen en devenant stagiaire dans l'équipe de Roselyne Bachelot, alors députée européenne : « Je voulais grandir auprès d'une personnalité comme elle. Roselyne a toujours affirmé ses convictions en considérant qu'un parti n'était pas une caserne. »
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Je me bats pour qu'on ne dise jamais aux mineurs victimes de viols qu'il est trop tard pour demander réparation.
Aurore Bergé n'est pas non plus du genre à mettre ses convictions sous le tapis, quitte à bien souvent agacer ses camarades de parti. À droite, elle soutient la loi Taubira de 2013 légalisant le mariage pour tous. En rejoignant le camp d'Emmanuel Macron en 2017, l'élue des Yvelines continue de provoquer le débat avec les siens. Comme lorsqu'elle dépose un amendement à l'Assemblée nationale pour interdire le port du voile aux fillettes.
« Être alignée sur tout dans un parti politique, ça n'existe pas. Je continuerai à me battre pour que toutes les petites filles aient les mêmes droits et les mêmes chances d'être et de devenir. » Mais la ministre n'agace pas que sa famille politique. Cible privilégiée des réseaux sociaux, elle est souvent attaquée, caricaturée et raillée. Elle relativise. « Si les réseaux sociaux étaient la vraie vie, plaisante-t-elle, Zemmour serait président et Mélenchon, Premier ministre. »
Pour elle, faire de la politique, c'est aussi savoir encaisser les coups. Alors, quand on la dit trop ambitieuse, elle riposte : « Il y a ceux qui sont heureux d'avoir du pouvoir et ceux qui le veulent pour agir. [...] Moi, je sais pourquoi et surtout pour qui je suis là. » Au-delà du tumulte des critiques et de l'agitation médiatique, l'ancienne ministre des Solidarités et des Familles affirme avant tout vouloir servir et protéger celles et ceux qui sont les plus vulnérables.
Maman d'une petite Victoire depuis 2022, elle met la question des violences intrafamiliales au centre de ses engagements. Avec plus de 160 000 enfants victimes de violences l'an dernier, elle insiste sur le rôle déterminant de l'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité dès l'école et plaide pour l'imprescriptibilité des viols et agressions sur mineurs.
« Je me bats pour qu'on ne leur dise jamais qu'il est trop tard pour demander réparation. » Après le retentissant procès des viols de Mazan, la ministre souhaite aussi inscrire dès que possible la notion de consentement dans la loi. « Cela permettrait de mieux définir ce qu'est un viol et d'avoir un taux de condamnations plus élevé. »
À 38 ans, trois mois après son retour au gouvernement, Aurore Bergé vient de publier aux éditions Robert Laffont Nos combats pour la République, où elle réaffirme ses convictions profondes tout en s'interrogeant sur le rôle même du politique. Certains y voient une profession de foi pour 2027. Alors, à la question « où vous voyez-vous dans deux ans et avec qui ? », elle répond immédiatement : « Les femmes aussi ont le droit d'avoir de l'ambition. Pourquoi faudrait-il se ranger derrière un candidat ? »