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OPINION. « Littoraux en danger : l’État ne peut plus se défausser », par Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio et président de l'ANEL

Photo de La Tribune Dimanche - Rédaction

Jean-Charles Orsucci maire (Renaissance) de Bonifacio

Publié le 22 mai 2026 à 13:29

Jean-Charles Orsucci, président de l’ANEL.

Jean-Charles Orsucci, président de l’ANEL.

Mairie de Bonifacio

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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L’association nationale des élus des littoraux (ANEL) demande au gouvernement de créer un fonds dédié à l’adaptation au changement climatique fondé sur la solidarité nationale.

À deux mois de la saison estivale, près de 2.000 campings en France sont implantés dans des zones exposées à des aléas naturels tels les incendies, la submersion marine ou encore l’érosion côtière. Des risques, qui pèsent directement sur ces établissements et qui illustrent de manière concrète que le changement climatique est déjà une réalité quotidienne, et non plus une simple projection scientifique. Ils concernent de nombreux territoires de l’« Archipel France », zones littorales de l’Hexagone, Corse et d’Outre-mer.

Le recul du trait de côte est l’illustration la plus visible du changement climatique. Chaque année, des habitations sont fragilisées, des routes doivent être déplacées, des quartiers entiers voient la mer gagner du terrain. La France dispose de près de 20.000 kilomètres de côtes – 5.000 km en métropole et 15.000 km en Outre-mer – et de la deuxième zone économique exclusive mondiale, avec plus de 11 millions de km².

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Un quart du linéaire côtier métropolitain est aujourd’hui directement menacé par l’érosion, et 1,5 million de personnes vivent déjà dans des zones exposées au risque de submersion.

Selon le Cerema, environ 1.000 bâtiments pourraient être touchés par le recul du trait de côte d’ici 2028, pour une valeur estimée à 240 millions d’euros. À l’horizon 2050, 5.200 logements et 1.400 locaux d’activité, pour une valeur de 1,2 milliard d’euros, seraient concernés. Derrière ces montants se trouvent des familles, des emplois, des commerces, des vies entières.

Face à ces chiffres, l’inaction n’est plus une option. Il ne s’agit plus de réparer après coup, mais d’anticiper. Il ne s’agit plus de subir, mais de planifier.

À cette vulnérabilité écologique s’ajoute une pression démographique et foncière sans précédent. Le littoral métropolitain concentre 265 habitants au km² – 2,5 fois plus que la moyenne nationale – et sa population a augmenté de 42 % en soixante ans. Il accueille chaque année 50 millions de visiteurs, soit la moitié du tourisme national.

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Cette attractivité fait la richesse de la France, mais elle accentue aussi les fractures : flambée des prix du logement, multiplication des résidences secondaires, exclusion progressive des habitants permanents…Dans ce contexte, les élus locaux, dont certains débutent leur premier mandat cette année, sont en première ligne. Ils prennent des décisions difficiles, parfois impopulaires, souvent courageuses. Ils arbitrent entre protection, relocalisation, aménagement et développement économique. Mais ils le font avec des moyens insuffisants et un cadre national inadapté à l’ampleur du défi.

Depuis plusieurs années, l’Association Nationale des Élus des Littoraux (ANEL) demande la création d’un fonds dédié à l’adaptation au changement climatique fondé sur la solidarité nationale. Car la protection des littoraux ne relève pas d’un enjeu local : elle engage l’intérêt général du pays tout entier.

Or les dispositifs existants comme le Fonds Vert ou le Fonds Barnier, régulièrement présentés comme la solution, excluent encore certains phénomènes majeurs comme l’érosion côtière et ne disposent pas des ressources nécessaires pour faire face aux besoins à venir. Pire encore, la proposition d’un fonds national spécifique, pourtant soutenue par le Parlement, a été une nouvelle fois écartée par le Gouvernement du projet de loi de finances pour 2026, adopté par l’article 49.3.

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Ce choix interroge. Il traduit un décalage préoccupant entre les discours sur l’adaptation climatique et les décisions budgétaires concrètes.

Le projet de loi de décentralisation, déposé en avril dernier, ne saurait constituer une réforme technique de plus. Il doit, au contraire, être l’occasion d’inscrire clairement un partage des responsabilités entre l’État et les collectivités, assorti d’un financement pérenne de l’adaptation et d’une gouvernance à la hauteur des réalités littorales. À ce stade, le texte présenté par le Gouvernement suscite une profonde déception.

L’ANEL s’en inquiète : les littoraux ne peuvent plus être le laboratoire des renoncements. Ils doivent devenir celui des solutions. L’État ne peut pas continuer à transférer des compétences sans transférer les moyens correspondants. Il ne peut pas appeler à la résilience tout en laissant les communes assumer seules le coût politique, financier et humain des décisions d’adaptation.

Agir pour les littoraux, ce n’est pas plaider pour des territoires en marge : c’est défendre l’intérêt national. Car ce qui se joue aujourd’hui sur nos côtes dessinera l’avenir de l’ensemble du pays. Face à un tel enjeu, l’attentisme n’est plus une posture possible. Il est temps de décider. 

Jean-Charles Orsucci maire (Renaissance) de Bonifacio

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