OPINION. « Dérèglement climatique : 2100, fin d’un monde ou nouvelle Renaissance ? », par onze experts du climat

À quoi ressemblera la France en 2100 ?
LTD/Shutterstock / Borri_Studio

À quoi ressemblera la France en 2100 ?
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Et si le vrai angle mort du débat climatique n’était ni le déni, ni l’alarmisme, mais notre incapacité collective à imaginer un avenir désirable ? En 2100, la France aura changé. La question n’est plus de savoir si, mais comment. Entre effondrement et solutions miracles, peut-il exister une autre voie, celle d’une adaptation lucide, profonde, et porteuse de nouveaux équilibres ? Alors que le changement climatique transforme déjà nos territoires, des experts du climat proposent d’explorer une France de 2100 qui aurait su s’adapter.
Le blocage n’est pas climatique, il concerne nos imaginaires
Nous parlons du changement climatique presque exclusivement sur le mode de la perte, de la peur ou de la faute. Ce registre a permis de poser un diagnostic, d’alerter, parfois de mobiliser. Mais il montre aujourd’hui ses limites : un futur qui se raconte très majoritairement en négatif, c’est un futur auquel on renonce mentalement. Ce blocage n’est pas marginal. Selon une récente étude du Grand Continent, 35 % des Français déclarent ne pas parvenir à imaginer l’avenir écologique, et 36 % disent en avoir une image floue. Autrement dit, plus de sept Français sur dix avancent vers l’avenir sans représentation claire de ce qui les attend. Comment débattre, décider ou transformer ce que l’on ne parvient même pas à se figurer ?
2100 existera : la question n’est pas « si », mais « comment »
En 2100, la France continuera d’exister d’une manière ou d’une autre. Nos enfants et nos petits-enfants y vivront. Les paysages, les climats, les usages, les manières de produire, de se déplacer et d’habiter auront profondément évolué. Le débat public continue pourtant de se structurer autour de deux récits extrêmes. D’un côté, celui de l’effondrement inéluctable, qui sidère plus qu’il ne mobilise. De l’autre, celui de solutions technologiques quasi miraculeuses, qui minorent la profondeur des transformations à venir. Entre ces deux radicalités, peut-on choisir une autre voie, celle des trajectoires intermédiaires, faites d’ajustements réels, de compromis, de choix collectifs ?
Penser l’adaptation, ce n’est pas renoncer
Explorer l’adaptation ne revient ni à nier les difficultés, ni à enjoliver l’avenir. C’est partir d’un constat simple : les transformations auront lieu. Quelles seront-elles ? Seront-elles subies ou accompagnées ? Littoraux redessinés, villes réorganisées pour faire face à la chaleur, agricultures transformées, nouveaux rapports à l’eau, aux sols, aux matériaux, aux écosystèmes : ces mutations seront exigeantes. Mais elles peuvent aussi ouvrir un futur dans lequel il resterait possible de vivre, de produire, de transmettre.
Une Renaissance plutôt qu’une fin ?
Les moments que nous traverserons dans le siècle à venir ressembleront certainement moins à une fin qu'à une Renaissance. Comme tous les nouveaux débuts, celui-ci supposerait une rupture avec des évidences anciennes et une redéfinition de notre rapport à la nature. Elle ne serait sans doute ni confortable ni immédiate. Mais elle pourrait bien être féconde. Parler de Renaissance, ce n’est pas nier la gravité de la situation. C’est refuser l’idée selon laquelle l’avenir serait nécessairement synonyme de chaos ou de régression. C’est assumer que l’humanité s’est déjà réinventée face à des bouleversements majeurs, et qu’elle peut encore le faire.
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Sans imaginaire partagé, il n’y aura pas de trajectoire collective
Les alertes et les diagnostics sont désormais largement connus. Ce qui manque, ce sont des imaginaires communs, capables de rendre l’avenir pensable, et donc discutable démocratiquement. Imaginer la France de 2100, ce n’est pas prédire. C’est ouvrir un espace de projection collective, sans dogmatisme ni angélisme, pour sortir du face-à-face entre peur et déni. 2100 n’est pas nécessairement la fin d’un monde. Il peut être le début d’un autre.
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