La chronique d’Apolline de Malherbe. La voiture, symptôme d’une France figée

Retrouvez la chronique d’Apolline de Malherbe.
LTD/CHRISTOPHE MEIREIS/ABACAPRESS

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LTD/CHRISTOPHE MEIREIS/ABACAPRESS
L’usine Stellantis de Poissy à l’arrêt. C’est du jamais vu, hors Covid. Trois semaines sans le bruit des machines. Trois semaines d’angoisse et d’incertitude pour ses 2 000 ouvriers, qui vont être placés au chômage partiel. Dernier épisode d’une crise industrielle qui dure et dont on ne voit pas l’issue.
Injonctions contradictoires, grand flou, on a perdu les Français. Au fond le marché automobile est devenu un marché dirigé, on a oublié le premier concerné : l’automobiliste. Oublié du marché, mais aussi des fabricants, des normes et des politiques publiques.
Et aujourd’hui, il boude. Il attend de voir.
Mercredi (24/09), Severine m’a appelée sur RMC. Elle vit à Mézière-sur-Seine, dans les Yvelines. « On a une Touran Volsvagen Diesel, on l’a achetée en 2012, elle avait 13.000 km et on l’a payée 20.000 euros. Aujourd’hui, la même voiture, c’est plus de 45.000 euros ! Et puis on ne sait plus. On n’arrive plus à choisir. L’électrique, c’est pas trop adapté pour nous et c’est encore trop cher. Alors on gagne du temps. Aujourd’hui ma Touran elle a 215 .000 km, on va tenter de la faire tenir ».
Les concessionnaires sont à la peine, mais les garagistes sont à la fête : Car, oui, il y a bien un secteur dynamique dans l’automobile : la réparation. On tente d’allonger l’espérance de vie des voitures. Les ventes sont en chute libre, mais comment pourrait-il en être autrement ? D’abord les aides : c’est la jungle. Bonus, malus, prime à la conversion… Et puis il y en a à tous les étages : il y a les aides de l’Etat, mais aussi de la région, du département, de la ville… plus personne ne s’y retrouve. Rajoutez à ça qu’à chaque nouveau budget - si on a un nouveau budget… ! - c’est l’incertitude : la grande roulette russe des bonus. Et ça peut tout changer.
En novembre 2024, c’est la prime à la conversion qui a été supprimée - 5 000 euros de perdus pour l’acheteur qui comptait dessus - Ah oui mais attention, si vous êtes en Ile de France, y a aussi la prime à la non-casse… jusqu’à 6000 euros. Le tournis !
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D’ici 2035, les constructeurs n’auront plus le droit de vendre des voitures neuves à moteur thermique. Enfin, n’auront plus le droit… ce n’est pas sûr. Ça dépend. L’Union Européenne se demande finalement si elle n’a pas mis la charrue avant les bœufs, et si cette «deadline» est tenable. Elle rediscute. Et de leur côté les députés français, en juin, ont voté contre cette interdiction. Ça tire à hue et à dia, pour rester dans le domaine de la charrue. Et puis les ZFE. Seront-elles appliquées ? Où ? Quand ? Pour qui ?
En juin, l’Assemblée nationale a voté l’abrogation des zones à faibles émissions, mais sans réelle conséquence. 25 métropoles finalement, sur 8 régions, l’appliquent. Mais avec chacune des règles différentes. Pour les unes il faut un « pass » pour d’autres une vignette « Crit’air ». Il y a des périmètres, des dérogations, des calendriers, des sanctions, mais pas toujours appliquées… le temps de faire de la « pédagogie ». En effet, ce ne serait pas inutile
Et puis, plus c’est compliqué, plus c’est fragile. Le sentiment de s’être fait avoir par tous ces gadgets. Thierry m’a appelée depuis La Rochefoucauld, en Charente. « Nous, on a notre bonne vieille Fiat Bravo JTD de 2001, qui a 280.000 km et qui roule parfaitement. Et à côté de ça, on a un grand Scénic plus récent, il date de 2015, électronique et tout et tout, et lui tous les six mois il est au garage pour des voyants qui s’allument ou des pannes électroniques ! Ras le bol ! Le tableau de bord, c’est devenu un sapin de Noël, avec toutes les guirlandes qui clignotent. On n’en peut plus ! »
Alors les Français attendent. Ils attendent d’y voir plus clair. Ils attendent que les politiques publiques se stabilisent et se simplifient. Ils attendent d’avoir les sous. La voiture, c’est le symptôme de cette France bloquée, figée, qui ne se projette plus.
➡️ Retrouvez Apolline de Malherbe tous les matins de 8 h 30 à 10 heures sur BFMTV