OPINION. « Du bon et du beau accessible pour tous : c’est ça la vraie gauche ! », par Karim Bouamrane

Karim Bouamrane s'est retrouvé mêlé à la polémique « Master Poulet ».
LTD/AFP/Joel Saget

Karim Bouamrane s'est retrouvé mêlé à la polémique « Master Poulet ».
LTD/AFP/Joel Saget
Saint-Ouen s’est retrouvée ces derniers jours à la une de l’actualité à travers la polémique autour d’une enseigne de restauration rapide. Au-delà du bruit médiatique, cette situation révèle des enjeux bien réels : juridiques, mais surtout politiques. Le devoir d’un maire est de faire respecter l’ordre et la tranquillité publics. L’implantation d’une enseigne commerciale doit être conforme à la loi, quelle que soit son activité. Ma responsabilité dans cette affaire était de mettre fin à l’occupation illicite de la voie publique. C’est chose faite.
Le rôle d’un maire, c’est aussi de protéger la vie des habitants et de garantir le bon vivre ensemble. Par conséquent, aucune implantation d’enseigne ne peut être tolérée si elle engendre des nuisances sonores tardives, des gênes pour les piétons ou des odeurs nocives allant jusque dans les habitations. C’est la réalité de la situation vécue depuis l’installation de ce commerce dans notre ville. Derrière ces tensions propres à la vie d’un maire se jouent deux enjeux politiques essentiels : un local et un national.
L’enjeu local est de maintenir une diversité de commerces pour répondre à tous les besoins, dans le cadre d’un projet de ville. À Saint-Ouen, c’est notre choix : une offre diversifiée avec une exigence : du bon et de l’accessible pour tous. La liberté de consommer n’est pas remise en question. Chacun est libre de ses choix dès lors que les règles sont respectées. S’agissant du poulet, Saint-Ouen bénéficie d’ores et déjà d’une offre très large. Nous avons agi dans le sens d’une régulation équilibrée, pour éviter une concentration de commerces uniformes qui nuirait à la diversité de notre offre de commerces.
L’autre enjeu est national : faire de la sécurité alimentaire une cause nationale, sans qu’elle soit perçue comme une stigmatisation ni vécue comme une exclusion sociale. Manger équilibré ne doit plus être un privilège social, mais relever d’un droit fondamental. Je refuse que certains responsables politiques qui, sous couvert de la libre installation du commerce ou de revendications identitaires culturelles assignent nos quartiers à une consommation uniformisée et de moins bonne qualité nutritionnelle. Estimant de facto que le bon serait réservé aux plus aisés.
Cela reviendrait à accepter que nos villes, en particulier les banlieues, deviennent l’arrière-boutique d’une alimentation de moins bonne qualité. Je le refuse. Je le combats. Parce que le laisser-faire sans une politique de contrôle alimentaire ne peut pas servir de ligne de conduite. Cela conduit à l’apparition de véritables déserts nutritionnels, où l’accès à une alimentation diversifiée, saine et de qualité devient une exception.
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Une nation qui laisse s’installer la malbouffe organisée prépare les maladies de demain et accentue les fractures de la société d’aujourd’hui. Comme maire, comme parent, je revendique le bien manger, le bon, le beau et l’accessible à tous. Je propose trois pistes d’action.
Premièrement, une régulation pour préserver la diversité commerciale et éviter les phénomènes de saturation en donnant plus de pouvoir aux maires. Dans la continuité de nos pouvoirs en matière d’urbanisme et d’aménagement, le maire doit pouvoir encadrer, de manière temporaire et ciblée, l’implantation d’activités surreprésentées ou problématiques pour la tranquillité publique, avec des pouvoirs accordés par les préfets ou par un cadre législatif qui l’autoriserait.
Deuxièmement, faire de l’éducation alimentaire une cause nationale dès la maternelle. En France, près de 17 % des enfants sont en surpoids et 4 % en situation d’obésité. À Saint-Ouen, j’ai pris l’engagement de garantir des repas équilibrés avec le retour de la cuisine centrale, en privilégiant le bio et en réduisant les produits transformés. L’éducation alimentaire est un outil d’égalité, au même titre que la lecture ou le calcul.
Troisièmement, une carte Vitale alimentaire pour les ménages les plus fragiles, financée par la solidarité nationale, notamment une taxe sur les produits ultra-transformés. Elle permettrait d’accéder à un panier de produits de qualité et de soutenir des producteurs engagés. Ce serait une aide conditionnée à l’acquisition de produits conventionnés rentrant dans un panier du bien manger (fruits, légumes, céréales, produits bio…), un soutien à nos producteurs engagés dans des pratiques durables.
En 2025, 31 % des Français déclarent avoir des difficultés à accéder à une alimentation saine. La mauvaise alimentation est un choix imposé quand elle est le produit direct des inégalités sociales et économiques.
Quand le travail ne suffit pas à bien se nourrir, c’est la promesse républicaine d’égalité qui vacille. Rendre l’alimentation de qualité accessible à toutes et tous, c’est démocratiser l’excellence républicaine. C’est cela une politique de gauche ancrée dans le réel. C’est cela la vraie gauche.