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OPINION. « La santé, composante essentielle de la souveraineté », par Philippe El Saïr, Isabelle Laffont, Rémi Salomon et François Crémieux

Par Philippe El Saïr, président de la conférence des DG de CHU ; Pr. Isabelle Laffont, présidente de la conférence des doyennes et doyens de médecine ; Pr. Rémi Salomon, président de la conférence des PCME et François Crémieux, directeur général de l’AP-HM

Publié le 29 novembre 2025 à 19:28

Philippe El Saïr, Isabelle Laffont, Rémi Salomon et François Crémieux.

Philippe El Saïr, Isabelle Laffont, Rémi Salomon et François Crémieux.

LTD/DR ; U-Montpellier

La Tribune Dimanche

N144 ● 05 juillet 2026

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La France doit continuer d'investir dans son système hospitalo-universitaire afin de garantir son indépendance en matière de santé.

Nos centres hospitalo-universitaires (CHU) et nos UFR santé, constituent depuis 1958 un des piliers de notre système de santé. Assurant les missions de soin, d’enseignement et de recherche, les équipes des CHU et des UFR médecine ont participé et accompagné l’évolution du progrès médical. Ils ont assuré une prise en charge des malades pour les soins de recours sur tout le territoire et ont accompagné l’évolution de la formation des métiers médicaux et paramédicaux depuis l’après-guerre.

Ils ont aussi été acteurs d’une recherche médicale et d’innovations en santé, en lien avec les universités et les grands établissements de recherche de notre pays, et ainsi contribué à placer la France au centre du monde scientifique médical depuis des décennies.

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Reconnaissons-le : jusqu’au tournant du siècle, nos CHU et nos UFR ont vécu une mondialisation heureuse. D’un côté le savoir médical, hospitalier et universitaire français irriguait une bonne partie du monde et la diplomatie scientifique comptait largement sur l’engagement des équipes médicales françaises. Le monde nous sollicitait et de l’Asie à l’Afrique, au Moyen-Orient jusqu’en Amérique du sud, les missions médicales françaises se succédaient. Même le dynamisme de l’action humanitaire depuis les années 70 a largement puisé dans les compétences et l’engagement des équipes de nos CHU.

En retour, la mondialisation apportait la circulation des idées, les coopérations scientifiques internationales et des innovations lors de ces congrès gigantesques dont la médecine avait le secret. Les experts, les idées, les innovations circulaient et la France et l’Europe avaient toute leur place dans ce cercle des plus grandes nations scientifiques.

Si les Etats-Unis ont progressivement affirmé leur puissance scientifique jusqu’au tournant du siècle, c’est surtout l’émergence rapide de colosses comme la Chine, l’Inde ou le Brésil qui ont progressivement rappelé que l’ordre établi n’était pas définitif. Et d’autres ont rappelé au monde que la mondialisation ne fut pas heureuse pour tous et que très nombreux sont ceux qui restent dans le monde d’aujourd’hui dépourvus d’accès aux soins, à la formation et aux médicaments.

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La médecine française avait sa place sur la carte du monde mais nos CHU et nos Universités étaient aussi des acteurs majeurs de nos territoires, souvent les premiers employeurs de nos régions, redistribuant l’intégralité de leur masse salariale en pouvoir d’achat local. Ils étaient et demeurent des acteurs économiques qui achètent des biens et services, parfois sur le marché mondial comme les produits pharmaceutiques mais aussi au plus près d’une production européenne, nationale voire locale pour de nombreux autres biens et services.

Pendant près de soixante-dix ans, nous avons pu profiter d’une mondialisation heureuse mais aussi d’un certain régionalisme avec un ancrage dans nos territoires presque inégalé ailleurs.

Depuis deux décennies, nous mesurons à notre échelle cette bascule progressive des enjeux internationaux qui semble s’accélérer un peu chaque jour. La mondialisation heureuse est devenue compétition de plus en plus rude, la liberté de circulation des chercheurs chaque jour plus difficile et la liberté académique est menacée, y compris dans plusieurs grandes puissances internationales.

Et nous semblons découvrir que l’accès aux médicaments peut devenir une arme économique comme une autre. Elle l’était déjà, insidieusement, pour les pays les plus pauvres. Avec les négociations sur les droits de douane, elle le devient officiellement pour tous. 

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Ainsi, alors que la construction européenne et l’illusion de la « fin de l’histoire » avaient relégué la question de la souveraineté au second plan, les bouleversements géopolitiques récents ont brutalement rappelé combien l’autonomie stratégique demeure un impératif essentiel. Redevenue une préoccupation centrale, structurante et incontournable dans le débat public, la souveraineté, souvent « souveraineté de coalition », n’est plus un concept lointain réservé aux sphères militaire ou diplomatique : elle est devenue une exigence dans tous les secteurs stratégiques et la santé n’y fait pas exception comme l’ont rappelé les diverses pénuries lors du COVID.

Alors que les interdépendances mondiales révèlent leurs risques et que s’intensifie la compétition internationale sur les savoirs, les produits de santé ou les technologies, la France et l’Europe peuvent porter une ambition renouvelée en matière d’autonomie stratégique. Nos Centres hospitaliers universitaires (CHU) et nos UFRs santé, réunis pour leurs Assises à Nantes jeudi et vendredi derniers, en ont fait un thème important car ils sont désormais investis d’une responsabilité majeure : garantir la souveraineté sanitaire et y associer l’ensemble de la société, par leurs choix et les dynamiques partenariales qu’ils impulsent.

La première souveraineté est celle du savoir dont la formation et la recherche sont les leviers décisifs : les défis sont de garder nos talents et d’en attirer, de maintenir l’excellence des formations, d’investir dans les infrastructures scientifiques capables de maintenir la France et l’Europe dans la grande compétition scientifique. Etre souverains, c’est être libres demain de refuser le chantage au partage de la connaissance. Nos CHU et nos UFR sont capables de relever ce défi, en s’appuyant notamment sur l’Europe et sur la francophonie.

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La deuxième souveraineté est celle des moyens et de la sécurisation de nos chaines d’approvisionnement. Ensemble, nous pouvons orienter nos achats sur des critères de souveraineté qui n’excluent pas les collaborations équilibrées que nous avons avec d’autres pays, soutenir activement la production européenne de médicaments et de dispositifs biomédicaux, investir dans des politiques d’achats responsables qui donnent la priorité à la résilience des filières industrielles locales et européennes.

Cela implique une coordination accrue avec les industriels européens, la définition d’une stratégie commune de long terme et la capacité à inventer des modèles nouveaux pour accélérer l’innovation et la relocalisation. En la matière, il y a urgence à agir avant de prendre un retard irrémédiable dans la course internationale.

Enfin, notre souveraineté sera aussi celle de la promotion de valeurs éthiques et scientifiques solides, alors que ces fondamentaux vacillent outre-Atlantique. En médecine, notre souveraineté sera moins celle de la défense d’un territoire géographique que d’une certaine idée de la science au service de l’homme, de l’inaliénabilité de la connaissance et de la liberté académique.

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À l’heure des choix, nous plaidons pour que la France continue d’investir dans son modèle hospitalo-universitaire et porte une stratégie de coopération européenne pour garantir notre souveraineté dans le domaine de la santé. La France ne tiendra pas seule mais l’Europe peut encore garantir notre capacité collective à décider pour demain, à innover sans dépendance subie, à résister aux crises sanitaires comme aux pressions étrangères et à préserver un bien commun essentiel et au service de tous : la santé. »

Par Philippe El Saïr, président de la conférence des DG de CHU ; Pr. Isabelle Laffont, présidente de la conférence des doyennes et doyens de médecine ; Pr. Rémi Salomon, président de la conférence des PCME et François Crémieux, directeur général de l’AP-HM

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