Amis britanniques, vous êtes européens ! La chronique de François Clemenceau

Découvrez la chronique de François Clemenceau.
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Cela fait dix-neuf ans que les États-Unis n’ont pas accueilli un monarque britannique. À la fin du mois, Donald Trump déroulera le tapis rouge à son « ami » le roi Charles III, « un homme merveilleux et courageux », dit-il. Rien à voir avec le Premier ministre britannique Keir Starmer, qu’il a qualifié cette semaine en privé de « raté » et un peu plus tôt de « gauchiste » tout en retweetant une vidéo parodique où il traite le dirigeant travailliste de « lâche ». Tout cela parce que le Royaume-Uni a adopté la même position de principe que ses partenaires européens de l’Otan consistant à rester à l’écart de la guerre israélo-américaine contre l’Iran.
La « relation spéciale » entre Washington et Londres a souvent fait du Royaume-Uni le junior partner des États-Unis, comme en 2003 avec l’entrée en guerre du travailliste Tony Blair et du néoconservateur George W. Bush contre l’Irak. Mais elle n’interdit pas au royaume, comme le prévoit la charte de l’Alliance atlantique, de conserver son autonomie de décision sur l’ouverture de son espace aérien souverain ainsi que de ses bases militaires aux avions américains.
Donald Trump sait-il que le discours annuel d’action gouvernementale que va lire le roi à la Chambre des communes le 13 mai a été entièrement écrit à Downing Street ? Et qu’il devrait y être question de la poursuite du « rapprochement » du pays avec l’Union européenne ? « Il apparaît de plus en plus clairement que, face à la volatilité croissante du monde, notre intérêt national à long terme exige un partenariat plus étroit avec nos alliés européens », a en effet déclaré Keir Starmer mercredi 1er avril à la presse. « Volatilité », ici, on l’a bien compris, se traduit par Trump.
Déjà, l’an dernier, Londres et Bruxelles s’étaient engagés à coopérer davantage dans le domaine de l’énergie, de la pêche, des douanes ou des échanges universitaires. En parallèle, Keir Starmer avait décidé de codiriger avec Emmanuel Macron la fameuse Coalition des volontaires afin de mieux aider l’Ukraine face au comportement agressif de la Russie. En juillet dernier, avec la France seule cette fois, il a également signé la déclaration de Northwood qui prévoit une réponse commune de nos deux pays dès qu’une « menace extrême » pèsera sur l’Europe. Plus récemment, lors de la conférence de Munich sur la sécurité, le Premier ministre britannique s’est montré plus ambitieux : « Nous voulons apporter à l’Europe notre leadership en matière de défense, d’IA et de technologies, afin de construire une base industrielle commune pour renforcer notre production. »
Un tel programme de redémarrage de la relation entre le Royaume-Uni et l’Europe, de reset, comme on dit à Londres, n’aurait peut-être pas été aussi rapide, cinq ans presque jour pour jour après le divorce du Brexit, si ne s’étaient pas amalgamés l’échec patent de Donald Trump à influer sur la fin de la guerre de la Russie contre l’Ukraine, l’ascension continue dans les sondages de ses amis d’extrême droite en Grande-Bretagne et son « excursion » militaire en solitaire contre l’Iran.
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Bien sûr qu’il y a pour les Européens et les Français une forme d’étonnement à voir revenir si vite vers nous des Britanniques désenchantés par les affres du Brexit. Leur europhobie irrationnelle – encouragée à l’époque par Donald Trump et son complice populiste Nigel Farage – les avait aveuglés lors de la campagne référendaire de 2016 sur la sortie de leur pays de l’UE. Keir Starmer avait promis lors de son arrivée au pouvoir qu’il ne reviendrait pas sur ce vote démocratique. Le Royaume-Uni ne retournera donc pas dans l’UE. Mais qu’il s’en rapproche de façon pragmatique pour corriger les errements de la désunion et s’en montrer solidaire pour affronter avec elle les menaces et les défis que nous lancent chaque matin Donald Trump et Vladimir Poutine devrait nous réjouir.
Le président américain, désespérément vautré dans son narcissisme et sa suffisance, a déclaré, juste après le début des bombardements américains en Iran, que Keir Starmer n’était pas Winston Churchill. Un sous-entendu grossier pour comparer son courage à celui dont son lointain prédécesseur avait su faire preuve face à Hitler. Et Trump, lui, qui est-il ? Comparons ce qui est comparable. En mars 1941, sans savoir que neuf mois plus tard les Japonais alliés des nazis attaqueraient Pearl Harbor, un président américain combattit l’isolationnisme neutre de la majorité des élus de son époque au Congrès pour aider les démocraties européennes à lutter contre la barbarie. Il s’appelait Franklin Roosevelt.