Jean-Michel Blanquer, ancien ministre de l’Éducation nationale, se souvient pour La Tribune Dimanche de ce jour où il a appris l'assassinat de Samuel Paty et revient sur l'onde de choc provoqué par ce drame.Le 16 octobre 2020 autour de 17 heures, j’étais dans mon bureau avec une partie de mon équipe. Un deuxième confinement se profilait. Nous étions concentrés sur les mesures à prendre face à l’arrivée d’une nouvelle vague du coronavirus pour que l’école puisse rester ouverte. Les questions relatives à l’islamisme politique, au séparatisme et au terrorisme n’étaient pas pour autant absentes de nos esprits. Emmanuel Macron avait prononcé quelques jours auparavant aux Mureaux [Yvelines] un discours important et longtemps attendu, auquel j’avais contribué et dont j’espérais qu’il représente le tournant régalien de ce mandat.
En cette fin d’après-midi où la lumière palissait déjà, nos têtes étaient dans les chiffres de l’épidémie et dans l’ordonnancement des consignes à diffuser dans le système scolaire, alors que les vacances de la Toussaint allaient commencer.
Dans le bureau d’à côté, un poste de télévision était allumé. La nouvelle venait de tomber. Un homme avait été assassiné à Conflans-Sainte-Honorine. Au même moment, je recevais un message de Gérald Darmanin m’indiquant qu’il s’agissait d’un professeur. Progressivement, les faits se précisèrent : l’atrocité de l’acte de décapitation, le meurtrier abattu, la dimension terroriste et islamiste…
Je me rendis immédiatement Place Beauvau, très vite rejoint par le président de la République dans la salle de gestion de crise. En peu de temps, toutes les informations utiles étaient rassemblées. Le président m’invita à monter dans sa voiture pour aller ensemble dans l’établissement meurtri. La nuit était maintenant tombée. J’étais accablé de tristesse en pensant à cet homme, à sa famille, au petit garçon qu’il laissait.