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El Mouhoub Mouhoud, président de l’université Paris Sciences et Lettres (PSL) : « Il n’y a pas trop de diplômés en France »

Photo de La Tribune Dimanche - Rédaction

Propos recueillis par Damien Burnier

Publié le 26 janvier 2026 à 09:45

El Mouhoub Mouhoud, président de l'université Paris Sciences et Lettres (PSL).

El Mouhoub Mouhoud, président de l'université Paris Sciences et Lettres (PSL).

AFP - AFP or licensors - THIBAUD MORITZ

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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ENTRETIEN – À la tête de la première université française, l’économiste pose son regard sur les évolutions en matière d’orientation et met en évidence le lien avec le marché du travail.

El Mouhoub Mouhoud est à la tête de l’université PSL (Paris Sciences et Lettres), agrégat de treize institutions accueillant 17.500 étudiants : des écoles d'ingénieurs, d’art ou généralistes comme l'école normale supérieure. Toutes sont de premier plan. Les classements académiques en attestent. PSL figure ainsi dans le top 30 mondial des universités selon le dernier classement QS, qui fait référence.

Classée 28e, treize rangs devant Polytechnique, PSL est ainsi la première université française. La première aussi, selon son président, « à avoir cassé la barrière entre les grandes écoles et les universités. » En créant un modèle « complet, intégré, comprenant toutes les disciplines. »

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Entre Parcoursup et le bac, les enseignants cherchent leur équilibre

LA TRIBUNE DIMANCHE – Le dispositif Parcoursup est-il arrivé à maturité ?

EL MOUHOUB MOUHOUD – C’est devenu un très bel instrument. Une plateforme qui facilite l’accès à l’offre de formation dans certaines filières très sélectives, qui étaient l’apanage des initiés. Je prends l’exemple de Dauphine-PSL, que j’ai présidé de 2020 à 2024. Avant Parcoursup, on recevait 10.000 candidatures pour 900 places, soit 600 en licence « sciences des organisations » et 300 en mathématiques informatique. Avec le dispositif, on a eu 25.000 candidats et cela nous a permis de différencier les profils des étudiants, notamment sur le plan territorial. Alors que 80 % étaient issus des grands lycées parisiens, ils viennent de partout en France, désormais, au même niveau de qualité. Derrière Parcoursup, il y a une forme de démocratisation de l’accès à la formation, de désenclavement des énergies.

En termes de débouchés et d’insertion professionnelle, quelles sont les grandes tendances à l’œuvre ?

Un rapport de l’OCDE paru récemment a mis en avant le fait que la France compte 26 % de titulaires de master, soit dix points de plus que la moyenne européenne. Certains en ont conclu qu’on produit trop de diplômés. Ce n’est pas ma position. Le taux de chômage de cette population Bac+5 est très bas : 6 %, contre environ 12 % en moyenne. Et quand on regarde les rendements de l’éducation en termes économiques, c’est-à-dire le salaire rapporté à la compétence du master, on observe qu’on est les meilleurs d’Europe. C’est plus compliqué en licence, avec des taux d’échec dans certaines filières de masse, comme les sciences sociales, de l’ordre de 40 %. C’est dramatique. À l’opposé, on a des filières très sélectives, malthusiennes, qui ne recrutent qu’à effectifs réduits. Face à ce constat, l’Université PSL ouvre une troisième voie d’excellence avec les « Paris Schools of », des formations publiques, sélectives et internationales. Les Paris Schools of Artificial Intelligence & Engineering sont déjà lancées.

Alors que 80 % étaient issus des grands lycées parisiens, ils viennent de partout en France, désormais, au même niveau de qualité

Serait-il bon de désengorger certaines filières et de rendre moins sélectives celles qui le sont à l’extrême ?

Il faut un rééquilibrage. Augmenter les effectifs dans les filières sélectives est un investissement rentable, d’autant que les taux d’insertion sur le marché du travail sont très bons. Chez nous, dans certains de nos masters, 96 % des diplômés trouvent un emploi en deux semaines, à leur niveau de qualification. Autrement dit, ils sont payés au premier mois, et même bien payés, de sorte qu’une partie de l’investissement public pour leurs études est remboursée à l’État via des impôts. C’est donc rentable pour l’État et les fonds publics, et en soi un apport à la société. Pourquoi restreindre cette population ? Et ainsi jeter à l’extérieur, soit à l’international soit dans les écoles privées, 15 à 20 % des étudiants qui ont le même niveau que ceux qui sont admis. C’est une politique nationale qui doit être menée. Dans l’autre sens, peut-on encore se satisfaire de taux d’échec à 40 % en licence ?

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OPINION. « Soutenir l’Université, c’est avoir l’ambition de l’avenir », par Lamri Adoui, Héléne Boulanger, Jean-François Huchet et soixante présidents d'universités

Plus d’un quart des étudiants de France sont inscrits dans le privé, soit le double d’il y a trente ans. Comment lire cette évolution ?

L’une des explications tient justement à ces filières publiques très sélectives, qui peuvent occasionner un basculement vers le privé. Quand il s’agit d’établissements privés qui respectent les règles, s’agissant de la qualité des enseignements ou des modalités d’évaluation, aucun problème. Mais il y a aussi des écoles privées qui s’en affranchissent et entrent sur le marché par des moyens détournés, en prenant l’apparence de grandes écoles. Les subventions de l’État, de l’apprentissage, ou encore l’apport des fonds d’investissement, sont mobilisés pour acheter de l’immobilier à proximité des pôles universitaires, aux dépens d’investissement dans la qualité des formations proposées. Dans ce simulacre, tout le monde y perd. Dans un rapport, la Cour des comptes a, elle-même, fustigé certains de ces établissements.

À quel point l’intelligence artificielle change-t-elle la donne dans le paysage post-baccalauréat ?

L’IA transforme la manière d’évaluer les étudiants et les formations lorsqu’il n’y a pas de stratégie de régulation de son usage ou de formation des élèves à un haut niveau. C’est pour cela que, au sein de l’Université PSL, nos formations en IA sont accompagnées d’une formation dans une autre discipline : droit, sciences sociales, management, IA + X… Dès 2022, avant l’apparition de ChatGPT, nous avions déjà lancé à Dauphine la double licence « IA et sciences des organisations ». Il faut que les étudiants sachent à la fois maîtriser l’IA, donc les maths qui en sont à l’origine, mais également les applications, les régulations. Certains disent « maintenant qu’on a l’IA, on n’a plus besoin de former ». C’est absurde. Il faut la maîtriser pour en tirer avantage. Si on est, d’une certaine façon, passif face à des algorithmes qui passent et qu’on ignore, cela va aboutir à des effets de substitution sur le marché du travail, des destructions d’emploi. L’objet est d’améliorer la qualité des formations et de faire un effort sur les mathématiques. Dédramatiser aussi leur accès.Tout le monde sait aujourd’hui que les maths ne viennent pas d’une bosse qui existerait dans la tête mais d'un apprentissage lié à un environnement d’accompagnement structuré.

Il faut maîtriser l'IA pour en tirer avantage 

La double compétence est-elle la réponse adaptée au marché du travail actuel ?

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Si vous faites de tout, vous n’êtes expert en rien. Et si vous n’étudiez qu’une discipline, vous risquez d’être pris dans l’irréversibilité technologique, en cas de choc. On s’est donc demandé comment rendre la dualité disciplinaire compatible avec l’expertise, l’approfondissement. La double compétence, c’est la meilleure solution parce que c’est faisable. Dans la vie d’un étudiant, vous pouvez prendre une majeure en maths et une en IA, ou en économie, ou en chimie. C’est parfaitement compatible. Comme on peut se diriger vers un diplôme d’architecte et une majeure en IA, une double compétence qui sera très utile aux étudiants dans leur travail. Ce modèle, on le développe de la licence au doctorat. Il engendre une plus grande diversité des profils. Cela amène notamment davantage de filles à se diriger vers des matières scientifiques.

Propos recueillis par Damien Burnier

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