Bruno Drapron, maire (Horizons) de Saintes : « S’adapter aux crues, c’est faire une ville-éponge »

Bruno Drapron, maire (Horizons) de Saintes
LTD/Séverine Joubert/Sud Ouest

Bruno Drapron, maire (Horizons) de Saintes
LTD/Séverine Joubert/Sud Ouest
En six ans de mandat, le maire de Saintes (Charente-Maritime) a souvent vu la Charente sortir de son lit. Par trois fois, en 2021, 2023 et donc 2026, elle a même dépassé les 6 mètres de hauteur. Une situation plus si exceptionnelle qui contraint la municipalité à s’adapter en limitant l’artificialisation des sols, voire en désertant les zones les plus à risque.
LA TRIBUNE DIMANCHE – Votre commune connaît un épisode de crue majeur. Quelle est la situation ce week-end ?
BRUNO DRAPRON – La hauteur de crue est très largement supérieure à ce que nous avons connu en 2021 et en 2023. On se rapproche des crues de 1984 et 1994. Le pic est prévu ce dimanche et on espère une décrue ensuite. Environ 1 300 maisons sont inondées.
C’est le troisième épisode de ce type en cinq ans à Saintes. Comment la commune fait-elle face ?
Au-delà de la gestion immédiate, nous avons fait après chaque crise un retour d’expérience pour mieux anticiper la suivante. Après l’inondation de 2021, nous avons acheté des passerelles pour aménager les rues inondées, et réalisé une étude avec des hydrologues et urbanistes pour tenter non d’éviter les crues, qui existeront toujours, mais d’en limiter l’impact dans les habitations.
Quelles sont les mesures préconisées ?
L’une des premières choses à mettre en place, ce sont des parkings perméables. L’idée est de transformer deux grands parkings pour que l’eau puisse s’infiltrer dans le sol et qu’il n’y ait pas de ruissellement. Ce sont des projets qui ont un coût. Le gouvernement nous a assuré cette semaine que l’État serait au rendez-vous. On pourrait aussi réaménager complètement deux quartiers en rachetant les maisons pour les détruire et reconstruire sur pilotis ou bien faire des zones d’expansion de crues. Végétaliser d’autres endroits pour les désimperméabiliser. S’adapter, c’est faire une ville-éponge. Cela n’empêche pas les crues mais permet de limiter la montée des eaux. Chaque centimètre compte.
La question d’évacuer définitivement certaines zones se pose donc ?
Dans certains quartiers, on doit faire des choses assez radicales. C’est-à-dire faire s’écrouler des maisons. À l’origine, les romains avaient construit seulement sur la rive gauche de la Charente. Au XIXe siècle, avec l’arrivée du train, on a construit sur la rive droite. C’est pour cela que nous sommes inondés.
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Faut-il un soutien financier ?
L’État est très présent à Saintes. J’espère que les collectivités n’oublieront pas la solidarité régionale et départementale. Les rues ne sont pas assurables. Sur cet épisode, remettre en état la ville devrait coûter environ 1,5 million d’euros, contre 1 million d’euros en 2021 et un peu moins en 2023.
Y a-t-il un sentiment d’impuissance face à ces événements à répétition ?
Nous ne sommes pas fatalistes, nous ne baissons pas les bras. Le changement climatique est là, il faut s’adapter. Et cela signifie limiter l’impact des crues dans les maisons.
Les habitants se disent inquiets, lassés. Comment les rassurer ?
En montrant que nous allons tout faire pour réduire l’impact de ces crues à long terme. Nous allons faire en sorte que la ville redevienne vite opérationnelle, car tout le centre est paralysé, les commerces ne fonctionnent plus. Nous travaillons sur une mutuelle multirisque pour assurer les habitants qui ne seront plus couverts par leur mutuelle après des événements comme celui-ci.