ENTRETIEN — La dirigeante de l’Observatoire de la société et de la consommation analyse les habitudes des Français pendant l’été et le reste de l’année.LA TRIBUNE DIMANCHE — 90 ans après l’instauration des congés payés, à quel point les vacances se sont-elles démocratisées ?
GUÉNAËLLE GAULT — Avant les congés payés, les vacances n’existaient pas vraiment. Ne pas travailler, c’était soit être malade, soit être au chômage. Mais il n’y avait pas l’idée du temps pour soi. Quatre-vingt-dix ans plus tard, elles sont devenues centrales pour une très large majorité de Français. L’attachement aux vacances et leur effet sur le bien-être sont considérables. L’écart de satisfaction quant à sa vie entre quelqu’un qui prend des vacances et quelqu’un qui n’en prend pas équivaut à celui entre un cadre supérieur et un chômeur. Autrement dit, elles sont devenues en quatre-vingt-dix ans non pas un symptôme mais un facteur du bonheur.
Quelle forme prennent-elles ?
C’est une sorte de simplicité heureuse, de banalité magnifique. En ce moment, on s’inquiète de savoir si les Français vont pouvoir faire leur transit par Dubaï ou Abou Dhabi. Mais en réalité, la majorité d’entre eux partent en France… Et ils adorent ça. La période estivale est toujours centrale mais elle n’est plus la saison reine. Il y a une fragmentation des moments de vacances.
Le printemps et l’automne ont de plus en plus d’importance. Les températures sont plus clémentes, les hébergements moins onéreux. Les Français qui ne partent pas en France vont surtout en Europe. On part souvent en voiture, à deux à cinq heures de route de chez soi, et on veut déconnecter avec le rythme habituel mais aussi retrouver la famille, les amis… Il y a même des gens qui ont des amis de vacances. Et, enfin, la découverte. Notre territoire est très riche et c’est la chance des Français, qui l’expriment souvent.