En France, près de 20 000 jeunes filles mineures seraient exploitées, recrutées le plus souvent dans des foyers ou des familles d’accueil de l’aide sociale à l’enfance.« J’ai eu plein de clients qui me demandaient de les appeler “Papa”, confie Sandra*. Certains insistaient pour que je porte des pyjamas d’enfant à leur arrivée, des ensembles en polaire, avec des Mickey et d’autres personnages de dessins animés. C’était fréquent, assez banal… ».
La jeune fille, alors mineure, a été séquestrée pendant des mois dans des appartements loués à Strasbourg, Saint-Étienne, Marseille, forcée de se prostituer. « Aucun mec ne s’est ému de mon corps d’enfant, de mes gestes maladroits. Aucun ne s’est inquiété ni interrogé sur mon âge avant ou après l’acte. »
Enfant de l’aide sociale à l’enfance (ASE), en fugue permanente, Sandra est devenue l’esclave sexuelle de bourreaux – dont son premier amour – qui ont monétisé son corps. Elle n’a touché aucune rémunération des passes qu’elle a enchaînées, jusqu’à vingt par jour, pour beaucoup des rapports non protégés ; elle est depuis rongée par les maladies sexuellement transmissibles mais a échappé au VIH, un miracle. Elle a été affamée, battue, menacée de mort, sa raison et sa mémoire ont été endommagées par l’alcool, le shit, la cocaïne, le protoxyde d’azote… Jusqu’à l’arrestation de ses proxénètes, condamnés depuis à de lourdes peines de prison.
Désormais vingtenaire, elle paraît toujours avoir cinq ans de moins. Sandra est petite, malingre et chétive, elle sourit d’un air aimable mais son regard est triste, inconsolable. Les plaies sont toujours à vif, ses bras et ses jambes portent les cicatrices de brûlures de cigarettes et les stigmates de ses tentatives de suicide. C’est une rescapée au cœur fendu, encore si fragile, mais vivante.