Jean-Yves Blay, président d’Unicancer : « L'augmentation spectaculaire des connaissances en cancérologie me rend optimiste »

Jean-Yves Blay, oncolgue et directeur du Centre Léon-Bérard à Lyon.
LTD/DR

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C’est un mot qui suscite encore l’inquiétude, parfois aussi un sentiment d’injustice : le cancer. Ces 20 dernières années, le nombre de nouveaux cas a progressé de 43 % chez les femmes et de 34 % chez les hommes. Plus de 430.000 diagnostics ont ainsi été posés en 2023, dernière année avec des données consolidées.
Malgré les inquiétudes sur l’équité d’accès aux soins, les coûts et la démographie médicale, Jean-Yves Blay reste résolument optimiste : la compréhension toujours plus fine du cancer ouvre la voie à des traitements de plus en plus efficaces – et à l’espoir, pour les patients, d’une vie plus longue et de meilleure qualité.
LA TRIBUNE DIMANCHE — En 2023, on comptait 433.000 nouveaux cas de cancer en France contre 216.000 en 1990. Est-ce inquiétant ou lié à un meilleur dépistage ?
JEAN-YVES BLAY — Cela veut probablement dire qu’on dépiste mieux… mais il faut quand même s’en inquiéter. Il y a une vraie question de stratégie de prévention. On observe une augmentation de l’incidence de certains cancers liée à des facteurs bien connus : le tabagisme, le surpoids, l’alcool, la sédentarité et l’exposition aux ultraviolets — qu’il s’agisse du soleil ou des cabines de bronzage. Sur ces facteurs, on peut agir.
Une action résolue permettrait de réduire de manière très significative le nombre de nouveaux cancers. Mais il y a aussi des phénomènes plus étonnants, comme l’augmentation des cancers chez les jeunes, notamment digestifs, entre 25 et 45 ans, ou du sein. C’est une réalité observée dans de nombreux pays. Les mécanismes restent mal compris. Les facteurs de risque semblent globalement les mêmes, mais le microbiote ou l’alimentation ultra-transformée pourraient jouer un rôle.
On parle beaucoup de « révolution » en cancérologie. Est-ce une réalité ?
Oui, c’est même une révolution permanente. La connaissance de la biologie des cancers et l’arrivée de nouveaux outils thérapeutiques ont profondément transformé la prise en charge. La chimiothérapie reste une arme majeure, mais nous disposons désormais de traitements souvent beaucoup plus efficaces.
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Le nombre de nouveaux médicaments ne cesse d’augmenter. Nous avons aussi compris qu’il n’existe pas « un » cancer, mais une multitude de sous-types. Chaque sous-type nécessite un traitement spécifique basé sur sa biologie propre. C’est le cœur de cette révolution.
Qu’est-ce qui vous rend optimiste aujourd’hui ?
L’augmentation spectaculaire des connaissances. La biologie des tumeurs, mais aussi l’exploitation des grandes bases de données – les big data – par l’intelligence artificielle nous permet de trier et de mieux comprendre. Et en médecine, quand on comprend, on sait traiter.
Si vous deviez citer une avancée clé. Quelle seriat-elle ?
L’immunothérapie par anticorps anti PD-1. Les chercheurs ont identifié des molécules par lesquelles le cancer bloque le système immunitaire. On a développé des anticorps dirigés contre ces « points de contrôle ». Cela a transformé la survie dans quasiment tous les cancers.
Et qu’est-ce qui vous rend plus pessimiste ?
La question de l’équité. Est-ce que tout le monde aura accès aux progrès ? Dans le monde, mais aussi en France. La démographie médicale, les contraintes financières ou territoriales font que l’accès aux innovations peut être plus difficile dans certaines zones.
La France reste-t-elle un grand pays de recherche ?
Nous avons nettement décliné au sein de l’Europe. L’Espagne, l’Allemagne, l’Italie ou les Pays-Bas sont devenus plus dynamiques. Et l’Europe a elle-même décliné puisqu’elle est passée de 40 % des essais cliniques mondiaux il y a dix ans à environ 20 % aujourd’hui. Les États-Unis sont passés de 35 à 30 %. Pendant ce temps, la Chine est montée de 4 à 40 %. Pour autant, la France conserve un tissu scientifique et médical de très grande qualité. Il en faudrait peu pour que nous puissions regagner du terrain.
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