OPINION. « Perdre son autonomie ne devrait plus signifier la perte de tout lien affectif ! », par Isabelle Taillandier, Marc Prikazsky, Nicolas Leroy-Fleuriot et Fabienne Houlbert
Pour Isabelle Taillandier, Marc Prikazsky, Nicolas Leroy-Fleuriot et Fabienne Houlbert, il est temps que la loi « Bien vieillir » devienne réalité : les personnes âgées doivent pouvoir garder leur animal auprès d’elles, y compris en EHPAD. Un droit affectif, mais aussi une question de santé publique.
Isabelle Taillandier, directrice générale de Purina en France ; Fabienne Houlbert, présidente de l’association TERPTA ; Marc Prikazsky, président directeur général de Ceva Santé Animale ; Nicolas Leroy-Fleuriot, président directeur général de Cheops...
De prime abord, l’information pourrait prêter à sourire : en France, presque un senior sur deux (44 %(1)) échange plus régulièrement avec son animal de compagnie qu’avec ses enfants ou petits-enfants. Et pour 15 % d’entre elles vivant seules, leur chien ou leur chat représente, tout simplement, la personne la plus importante dans leur vie. Cependant, ce constat souligne toute l’importance du lien Homme-Animal de compagnie dans la prise en compte du « Bien vieillir ». Un aspect encore trop souvent négligé dans notre société.
Le rôle clé du lien Homme-Animal dans une société vieillissante
Avec le vieillissement de la population, la perte d’autonomie devient un enjeu de plus en plus central. Or, cette situation mène fréquemment à un placement en établissement spécialisé, même si une très large majorité des Français – 94 % en 2022(2) – déclarent vouloir rester chez eux jusqu’à la fin de leur vie. Ce décalage entre souhaits et réalité révèle à quel point ces placements sont, par la force des choses, subis au terme d’un parcours marqué par de profonds bouleversements personnels et familiaux.
Dès lors, un placement en établissement spécialisé doit-il nécessairement rimer avec la perte de toute maîtrise sur son cadre de vie ? Trop souvent, l’entrée en EHPAD est vécue comme une double peine car il marque aussi la séparation avec son animal de compagnie — une contrainte inacceptable pour 27 % des seniors, qui affirment refuser catégoriquement cette option(3). Parmi ceux qui possèdent un animal, 90 % aimeraient pouvoir l’emmener avec eux en EHPAD.
Il faut comprendre que le lien avec l’animal dépasse la simple dimension affective : il joue un rôle crucial dans le bien-être global des personnes âgées. 64 % des seniors estiment que leur animal a un impact positif sur leur santé mentale ou physique. Un chiffre particulièrement significatif dans un contexte où 91 % des résidents en EHPAD souffrent de troubles psychiques ou émotionnels, comme la dépression(4).
La loi a ouvert la voie, le changement doit s’accélérer
La loi « Bien vieillir », promulguée en avril 2024 et précisée par un arrêté ministériel du 3 mars 2025, reconnaît désormais – sous conditions – le droit pour les personnes âgées d’emmener leur animal en établissement. C’est une avancée majeure pour contribuer au bien-être des résidents. Mais entre la loi et la réalité, l'écart reste encore trop important. Trop peu d’EHPAD sont aujourd'hui prêts à franchir le pas. Les raisons invoquées ne manquent pas : freins réglementaires, manque de formation, craintes organisationnelles, etc. Il faut se donner les moyens de les surmonter et de sortir du statu quo. L’accueil des animaux de compagnie en établissement n’est pas une utopie : c’est une réalité concrète, déjà mise en œuvre avec succès dans plusieurs établissements en France.
Newsletter
La Tribune Dimanche
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.
Reconnaître la place des animaux de compagnie dans l’accompagnement du vieillissement, n’est pas anecdotique.
En effet, des initiatives existent partout en France. À Paris, un comité de pilotage a permis de créer des outils pédagogiques pour accompagner les équipes et garantir une prise en charge responsable et adaptée à la réalité du quotidien en EHPAD. Ce sont ces initiatives, pragmatiques et reproductibles, qu’il faut plus largement généraliser. Le droit est là : il nous appartient collectivement de le rendre effectif, en donnant aux établissements les moyens de pouvoir plus largement ouvrir leurs portes aux possesseurs et à leurs animaux de compagnie.
Pour une société plus inclusive et respectueuse du lien homme-animal
Reconnaître la place des animaux de compagnie dans l’accompagnement du vieillissement, n’est donc pas anecdotique. C’est comprendre que la prise en compte du « Bien-vieillir » ne repose pas uniquement sur des soins médicaux, mais aussi sur les liens affectifs Homme-animal. Il est temps que le droit à conserver son animal de compagnie soit pleinement appliqué, nous appelons aujourd’hui les pouvoirs publics, les directeurs d’EHPAD, les professionnels du médico-social et les collectivités à se mobiliser en ce sens.
Signataires - Isabelle Taillandier, DG de Purina en France - Marc Prikazsky, président DG de Ceva Santé Animale - Nicolas Leroy-Fleuriot, président DG de Cheops Technology - Fabienne Houlbert, présidente de l’association TERPTA
(1) Étude OpinionWay pour Purina, 2024
(2) Étude Harris Interactive, 2022
(3) Étude OpinionWay pour Purina, 2024
(4) CNSA-IPP, 2022