La montée en puissance des jeunes générations d'avocates pourrait, à terme, modifier en profondeur les équilibres de pouvoir au sein des cabinets d'avocats et des institutions professionnelles.
Bursa Avukat / Creative Commons CC0.
Féminisation du barreau français : une révolution en marche, des inégalités persistantes
Majoritaires dans la profession depuis plus d’une décennie, les femmes redessinent progressivement la sociologie du barreau français. Mais malgré cette dynamique, des écarts de revenus et de représentation persistent. À l’occasion du Sommet des Femmes Leaders du Droit organisé à Paris, le Conseil national des barreaux veut accélérer la réflexion sur la gouvernance et la visibilité des avocates.
La mutation du barreau français est l’une des évolutions les plus marquantes du paysage juridique des dernières décennies. Selon les données du Conseil national des barreaux (CNB), les femmes représentent aujourd’hui 58,8 % des avocats en France, un basculement intervenu en 2009, lorsque les avocates sont devenues majoritaires dans la profession.
La tendance devrait se renforcer dans les années à venir. D’après les statistiques de la profession, 66,6 % des nouveaux avocats prêtant serment sont désormais des femmes, signe d’une féminisation appelée à se poursuivre. Cette évolution se reflète également dans la pyramide des âges. Les tranches les plus jeunes comptent une proportion nettement plus élevée d’avocates que d’avocats, tandis que les générations plus anciennes demeurent majoritairement masculines, héritage d’une profession longtemps dominée par les hommes.
Autre élément notable : les femmes entrent globalement plus tôt dans la profession. Selon le CNB, 75 % des avocates prêtent serment avant l’âge moyen d’entrée dans la profession (28,9 ans), contre 62 % des avocats.
Des inégalités qui persistent dans les carrières
La féminisation des effectifs ne se traduit toutefois pas encore par une égalité économique ou institutionnelle. Les données diffusées par la profession font apparaître des écarts de revenus dès le début de carrière. Selon ces statistiques, un différentiel d’environ 4 400 euros nets annuels existe dès la première année d’exercice entre les revenus moyens des avocates et ceux des avocats. Cet écart tend ensuite à se creuser au fil des années d’activité.
Ces disparités nourrissent un débat plus large sur la place des femmes dans les positions de pouvoir du monde juridique : direction des cabinets d’avocats, gouvernance des institutions professionnelles ou place dans le débat public.
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Un partenariat pour renforcer la visibilité des expertes
Dans ce contexte, le Conseil national des barreaux a annoncé le 12 mars la signature d’un partenariat avec l’association 2GAP (Gender and Governance Action Platform) afin de promouvoir une gouvernance plus équilibrée entre femmes et hommes dans la profession. L’accord prévoit notamment que le CNB puisse s’appuyer sur la base d’expertes développée par 2GAP, un outil destiné à améliorer la représentation des femmes dans les médias, les conférences et les espaces de décision.
« En scellant ce partenariat, nous réaffirmons notre volonté de briser les plafonds de verre. L’égalité n’est pas qu’un principe, c’est une force motrice. Nous voulons que l’expertise des avocates soit pleinement reconnue et valorisée dans toutes les instances de gouvernance et dans le débat public », souligne Julie Couturier, présidente du Conseil national des barreaux. Les deux organisations entendent également développer des formations consacrées aux bonnes pratiques de gouvernance et à l’égalité professionnelle au sein de la profession.
Un sommet international pour faire avancer le débat
Ces questions seront au cœur de la 4ᵉ édition du Sommet des Femmes Leaders du Droit, organisée ce mercredi 18 et jeudi 19 mars à Paris par le CNB et la Fédération des barreaux d’Europe. L’événement réunira responsables institutionnels, juristes et décideurs autour de plusieurs thématiques structurantes : les biais discriminatoires liés à l’intelligence artificielle, les écarts de représentation et de rémunération entre femmes et hommes ou encore le recul des droits des femmes dans certaines régions du monde. Au-delà des débats, les organisateurs espèrent que la rencontre débouchera sur des engagements concrets pour renforcer la parité dans les professions juridiques et les instances de gouvernance.
La profession d’avocat se trouve aujourd’hui à un moment charnière. Si la féminisation des effectifs apparaît désormais solidement engagée, sa traduction dans les postes de responsabilité reste encore incomplète. La montée en puissance des jeunes générations d’avocates pourrait, à terme, modifier en profondeur les équilibres de pouvoir au sein des cabinets d’avocats et des institutions professionnelles. À condition toutefois que les trajectoires de carrière et les modes de gouvernance évoluent au même rythme que la sociologie de la profession.