Nannette Lafond-Dufour et Vanessa Bousardo : « Le sujet des violences conjugales est le sujet de toute la société »

Vanessa Bousardo et Nannette Lafond-Dufour
LTD/Denis Allard - DR

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LA TRIBUNE DIMANCHE — Dans quel contexte est né ce projet ?
Nannette Lafond-Dufour — La lutte contre les violences faites aux femmes constitue aujourd’hui une priorite absolue aux yeux des Français. Cette priorité prend également une dimension particulière pour les entreprises puisque la majorite des femmes victimes de violences conjugales sont salariées. Le lieu de travail devient donc un espace crucial où se joue, parfois en silence, une partie de leur sécurité et de leur avenir. Ces drames humains ont par ailleurs un impact économique important pour les entreprises. Face à ce constat, de nombreuses entreprises souhaitent agir.
Vanessa Bousardo — Oui de la même manière, côté justice, les choses ont beaucoup évolué ces dix dernières années, l’ensemble des acteurs judiciaires sont plus sensibles et mieux formés. Faire le pont entre l’entreprise et la justice au service des victimes est inédit et peut réellement changer la donne en matière de lutte contre les violences.
Pendant longtemps les entreprises ont pu considérer que la question des violences conjugales subies par leurs salariées relevait du domaine privé. Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui et pourquoi ?
V.B : Il y a eu une prise de conscience générale. Ces questions ne peuvent pas relever que de la sphère privée. Le sujet des violences conjugales n’est pas le sujet des femmes mais celui de toute la société et donc des entreprises. Beaucoup sont prêtes à dépasser leur objet social et à prendre en compte les évolutions et impératifs sociétaux.
NLD : Oui elles ont bien compris qu’au-delà des conséquences réelles sur leurs performances, le moment était venu pour elles de prendre leur part dans la lutte contre ce fléau. D’ailleurs beaucoup de leurs collaborateurs et de leurs clients attendent qu’elles s’engagent et qu’elles agissent en ce sens.
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Concrètement comment ce fonds va-t-il fonctionner ?
NLD : Chaque salarié de l’entreprise partenaire aura la possibilité de bénéficier de ce fonds. Avec ce dispositif, nous allons pouvoir accompagner, soutenir et guider les victimes qui en feront la demande auprès de leur employeur ou directement auprès du fonds par soucis de confidentialité. Il proposera une prise en charge forfaitaire de leurs frais d’assistance et la mise en relation, si besoin, avec des avocats en mesure de traiter le contentieux afférent aux violences conjugales.
VB : L’interêt du fond est donc double : il permet la désignation d’un avocat dans certains cas et participe partiellement, lorsque nécessaire, au paiement de ses honoraires, le tout dans le respect du secret professionnel, l’avocat demeurant lie aux victimes et à elles seules dans l’exercice de sa mission.
Ce dispositif ne risque-t-il pas de se substituer aux politiques internes ou aux actions déjà engagées dans certaines entreprises ?
VB : Non au contraire, Il s’agit d’un outil complémentaire, cible et pense pour répondre à une situation d’extrême vulnérabilité, là où la confidentialité, la réactivité et la spécialisation juridique sont essentielles.
À ce jour, combien d’entreprises ont donné leur accord de principe pour abonder dans ce Fonds mutualisé ?
NLD : Nous en avons sensibilisé quelques-unes. Parmi elles, trois grosses entreprises sont prêtes à s’engager, mais notre objectif à termes est aussi de sensibiliser les ETI et PME, en travaillant notamment avec les syndicats patronaux comme le Medef et la CPME afin d’ouvrir à des entreprises de taille moyenne.
Quels objectifs vous êtes-vous fixés et à quel horizon ?
V.B : Nous aimerions démarrer rapidement avec quelques entreprises en pariant sur un effet d’entrainement.
NLD : Oui car il y a urgence, notre objectif est de convaincre un maximum d’entreprises afin de pouvoir toucher un maximum de salariés en France. Il reste quelques détails techniques à régler, mais ce fonds devrait pouvoir être effectif courant 2026.
Quelles sont les prochaines étapes ?
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NLD : Nous comptons profiter du prochain Global Meeting les 6 et 7 novembre prochains à Paris à l’occasion des 20 ans du Women’s Forum pour annoncer officiellement la création du fonds et ses premiers signataires. Il nous restera à structurer ensemble le fonctionnement du dispositif. Nous sommes, par exemple, en train de voir s’il est possible d’instaurer un rescrit fiscal afin de permettre aux entreprises partenaires de bénéficier d’avantages fiscaux sur les sommes engagées.
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