Antoine Foucher, président du cabinet Quintet sur l’IA : « Tous les étudiants vont devoir apprendre à s’en servir »

Antoine Foucher est président du cabinet de conseil Quintet.
LTD / Francesca Mantovani

Antoine Foucher est président du cabinet de conseil Quintet.
LTD / Francesca Mantovani
Antoine Foucher a été directeur de cabinet de la ministre du Travail Muriel Pénicaud de 2017 à 2020. Il préside aujourd’hui le cabinet de conseil en relations sociales Quintet. Il est l’auteur de Sortir du travail qui ne paie plus (Éditions de l’Aube, 2024).
LA TRIBUNE DIMANCHE – L’impact de l’IA sur l’emploi fait-il consensus aujourd’hui ?
ANTOINE FOUCHER – Non, les discours sont très contrastés. Certains annoncent une troisième révolution industrielle aux conséquences inédites en matière de destruction d’emplois. À l’inverse, des économistes comme Daron Acemoglu (prix Nobel 2024) estiment que ces scénarios sont largement exagérés. Selon lui, l’IA s’inscrit plutôt dans la continuité des gains de productivité liés aux technologies numériques issues d’Internet, avec des effets mesurés.
L’IA fragilise-t-elle l’insertion des jeunes diplômés ?
Elle tend à remplacer ou à réduire certains postes de jeunes cols blancs, notamment chez les juristes, avocats, consultants ou traducteurs. Mais dans une économie de services, une grande partie du travail reste fondée sur le relationnel. Il faut du temps pour déjeuner avec un client, l’écouter et construire une relation. Ce sont des dimensions que l’IA ne remplace pas.
Mais la maîtrise de l’IA va devenir incontournable…
Oui, tous les étudiants vont devoir apprendre à s’en servir. Il s’agit à la fois de gagner du temps et de savoir repérer les hallucinations, les biais et les défauts de ces outils, afin de les utiliser efficacement tout en conservant une capacité de discernement.
Quelles compétences feront la différence demain ?
Comme toute révolution technologique, l’IA crée une prime durable pour ceux qui savent davantage. Le savoir devient plus accessible, mais la différence se fera entre ceux qui disposent des connaissances nécessaires pour maîtriser l’IA et ceux qui ne les auront pas. On peut faire un parallèle avec l’invention de l’imprimerie : le livre a démocratisé l’accès au savoir, mais pour appartenir aux élites, il a fallu une maîtrise encore supérieure. Dans ce contexte, l’importance de la culture générale, des sciences humaines et des sciences au sens large est renforcée. Ce sont elles qui permettent de penser le monde et de donner du sens aux outils.
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Plus largement, de quels profils la France a-t-elle besoin pour faire face aux nouveaux enjeux globaux ?
Si l’on veut rester une nation et, plus largement, un continent libre et indépendant, plusieurs dimensions sont en jeu : l’autonomie industrielle face à la Chine, l’autonomie numérique face aux États-Unis et l’autonomie défensive face à la Russie. L’IA est présente dans chacune de ces composantes, mais l’enjeu dépasse largement la seule question de l’IA. Pour relever ces défis, il faut redevenir une nation d’ingénieurs. Il en faudrait deux fois plus qu’aujourd’hui. Être ingénieur redevient une voie d’avenir, à la fois utile pour le pays et porteuse d’emplois bien rémunérés.