La chronique de Sophie Iborra. « Je ne supporte pas d’être enfermée dans une case » (Muriel Pénicaud, ancienne ministre)

Sophie Iborra

Rencontre avec l'ancienne ministre Muriel Pénicaud.
LTD/Gorilla Photographie ; Sylvia Galmot

Sophie Iborra

Rencontre avec l'ancienne ministre Muriel Pénicaud.
LTD/Gorilla Photographie ; Sylvia Galmot
Pluriel, c'est probablement l'adjectif qui définit le mieux tant le parcours que la personnalité de cette ancienne ministre, dirigeante, activiste, féministe et artiste. Depuis quarante ans, Muriel Pénicaud voyage d'un monde à l'autre et construit des ponts entre tout ce qui semble s'opposer. Avec un besoin vital de se confronter au réel tout en revendiquant une sensibilité artistique à fleur de peau, elle n'est pas à un paradoxe près. « Mon côté yin, c'est la poésie et le contemplatif, et mon côté yang, c'est la transformation par l'action, le concret, les solutions. »
À 10 ans, quand elle se voit en cheffe d'orchestre dans une rédaction, sa professeure de français sanctionne son imagination débordante. Hors sujet ! les femmes ne peuvent pas exercer ce métier. Circulez, il n'y a rien à voir ni à rêver. Ce jour-là, la jeune Muriel se fit une promesse, celle de ne jamais se laisser imposer ses choix. Alors, quand elle décide de s'émanciper de son milieu bourgeois, c'est pour entrer dans une carrière au service de son obsession : la justice sociale. « Mon accomplissement, c'est de pouvoir faire ensemble pour changer la vie de celles et ceux qui en ont le plus besoin. »
Des cabinets ministériels (elle sera conseillère formation de Martine Aubry en 1991) aux couloirs des administrations territoriales, des salles de comité de direction de grands groupes comme Dassault Systèmes jusqu'aux assemblées générales d'associations, ce que veut la sexagénaire, c'est contribuer à changer la donne. « J'aime vivre plusieurs vies en une, revendique-t-elle. je ne supporte pas d'être enfermée dans une case. »
Cette diplômée d'histoire, de sciences de l'éducation et de psychologie clinique commence sa carrière dans les services publics à 21 ans. Deux ans plus tard, elle est la plus jeune administratrice territoriale de France. Enfance, insertion pour la jeunesse et formation sont ses sujets de prédilection, avec déjà la volonté de concilier art du dialogue et action rapide, performance économique et justice sociale. C'est précisément cette culture du « en même temps » si chère à Emmanuel Macron qui la décidera à accepter d'entrer dans le gouvernement d'Édouard Philippe comme ministre du Travail en 2017.
Naviguant tout au long de sa carrière entre public et privé, Muriel Pénicaud impose partout une vision engagée de l'action. Elle lance chez Danone l'une des toutes premières initiatives sur le leadership féminin, le programme EVE. Première femme à entrer au comex de l'industriel mondial français, elle dit avoir reçu un « mandat » des autres femmes de l'entreprise, qui lui demandent d'agir pour leur juste place au sein des instances dirigeantes du groupe : « Je suis de la génération où on était les premières et les seules. »
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Avec son caractère bien trempé, la directrice générale des ressources humaines monde finit par convaincre et obtenir gain de cause. « Quand je ne peux pas passer par la porte, j'entre par la fenêtre ou je trouve une cheminée, et s'il n'y a pas de cheminée, je trouve quelqu'un qui m'en fabrique une ! » plaisante-t-elle.
Dans la logique de son engagement, elle propose au Premier ministre de mettre en place l'index d'égalité professionnelle qui portera son nom, l'index Pénicaud, avec pour même objectif de donner du pouvoir aux femmes en assurant leur égalité des chances et de rémunération. Reviendrait-elle aux affaires dans l'équipe gouvernementale d'aujourd'hui ? Elle répond non de façon catégorique : « Je ne sais pas faire dans une situation où on ne peut pas faire. »
Dans un contexte politique qu'elle qualifie de schizophrène, l'ancienne ministre a envie d'explorer d'autres chemins. « On est capables, politiques et citoyens, de jouer collectif lors des JOP de Paris 2024 et de se tirer une balle dans le pied quelques semaines plus tard en se déchirant à nouveau au péril de l'intérêt général. »
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Elle a à présent tourné la page et décidé de devenir... photographe. Avec son livre Matrice des mondes, paru aux prestigieuses éditions Skira, elle livre une vision très personnelle en noir et blanc de la beauté cachée du monde. Les oiseaux, sa passion depuis toujours, y trouvent une place privilégiée. Avec des expositions prévues en 2025 dans plusieurs capitales, la voici officiellement intronisée dans le cercle très fermé des photographes d'art. Son ami Reza, photographe franco-iranien de renom, dit d'elle que c'est une poète qui cherche avant tout à traduire sa pensée profonde et son âme.
📻 PODCAST. Écouter « Les héritières » de Sophie Iborra avec Léa Salamé sur les plateformes de streaming et sur Latribune.fr.
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