Alors que le sommet sur l'intelligence artificielle en Inde approche, la diplomatie française se mobilise pour présenter une alternative aux technologies américaines et chinoises. Rencontrée au Campus Cyber lors d'une journée préparatoire, Clara Chappaz, l'ambassadrice pour le numérique et l’IA, détaille les priorités de la délégation lors de cet évènement majeur.Un an après le très médiatisé sommet de Paris, New Delhi s’apprête à devenir l’épicentre de l’intelligence artificielle. Les 19 et 20 février prochains, l’AI Impact Summit en Inde entend s’attaquer aux angles morts de l’euphorie actuelle autour de ces nouvelles technologies, au-delà des grandes annonces d’investissements propres à ces évènements. De la résilience énergétique à l’inclusion des pays du Sud, en passant par la protection des mineurs face aux agents conversationnels, de nombreux sujets devraient être abordés par les invités au sommet.
Dans le sillage de l’Année de l’innovation franco-indienne, Clara Chappaz, Ambassadrice pour le numérique et l’IA, détaille les thématiques prioritaires poussées par la France. Nous l'avons rencontrée au Campus Cyber lors d'une journée préparatoire de l'évènement.
La Tribune - L'organisation de ce sommet en Inde est-elle un moyen d'affirmer une autre stratégie de rupture sur l'IA face aux champions actuels du secteur ?
Clara Chappaz - Ce sommet est d’abord l’opportunité d’approfondir la « troisième voie » technologique que nous défendons, afin de ne plus dépendre exclusivement des puissances américaines et chinoises ou des quelques entreprises qui ont aujourd'hui la main sur le marché de l’IA. Le Sommet pour l’action sur l’IA a déjà bien illustré la diplomatie de l’IA et à quel point ce secteur est devenu un enjeu stratégique. Nous avons désormais un boulevard pour proposer une alternative, et nous pouvons le faire en nous engageant avec les pays du Sud global, notamment l’Inde. C’est un pays qui cherche précisément à préserver son indépendance technologique. Ces réflexions valent aussi pour le continent africain, avec le sommet Africa Forward en mai, qui abordera cette question de la construction des nouvelles coalitions.
Concrètement, quels sont les objectifs de la délégation française ?
Pour peser dans la course, nous devons d’abord être puissants chez nous. Nous avons la chance d’avoir déjà de nombreux acteurs qui se sont affirmés à l’international et qui pourraient être associés au sommet indien, comme Yann le Cun ou Arthur Mensch de Mistral. Les universités se déplacent également, puisque plusieurs établissements devraient annoncer des partenariats sur la recherche. Ce sont ces initiatives, tout comme des projets de partage de données, de capacités de calcul et d’innovation, qui permettront de rééquilibrer la carte géopolitique de la maîtrise des technologies.