Docteur Fourmaux, Mister Rallye

Le pilote nordiste Adrien Fourmaux.
Federico Manoni/LiveMedia-IPA/ZUMA via Reuters

Le pilote nordiste Adrien Fourmaux.
Federico Manoni/LiveMedia-IPA/ZUMA via Reuters
Ce jeudi 23 avril, Adrien Fourmaux s’élancera sur les routes volcaniques du rallye des îles Canaries. Cinquième du championnat du monde, à 32 points du leader, Takamoto Katsuta (Toyota), le Français connaît le meilleur début de saison de sa carrière. À bientôt 31 ans.
C’est pourtant loin de ces atmosphères poussiéreuses, dans des blocs opératoires stérilisés, que le Nordiste a bien failli se construire. La vingtaine passée, il se rêvait chirurgien orthopédique, penché sur un genou à reconstruire, un fémur à réparer. Ce goût pour le geste juste, il l’a simplement transféré vers un autre genre de précision : celle qui consiste à lancer un bolide à 180 km/h entre deux murets.
Son père, orthoprothésiste, lui a transmis la passion en l’emmenant au bord des routes des rallyes du Touquet (Pas-de-Calais) et de Monte-Carlo. Longtemps, Adrien Fourmaux a avancé sur deux routes parallèles : les amphithéâtres de la faculté de Lille la semaine, les spéciales le week-end. Il a fallu trancher, « c’était trop compliqué ». Il était en quatrième année de médecine, promis à une carrière respectable et rassurante. Quand il y a renoncé, au moins provisoirement, sa mère a versé quelques larmes. Cette professeure de coiffure imaginait davantage son fils médecin que dans un sport où les pilotes semblent jouer leur peau à chaque virage.
En 2016, Adrien Fourmaux a dominé plus de deux mille candidats au Rallye Jeunes, loterie annuelle du talent brut organisée par la Fédération française du sport automobile (FFSA). Après ce coup de force, tout s’est accéléré : champion de France juniors en 2018, révélation en WRC2, accession au plus haut niveau en 2021. Ceux qui l’ont vu grandir n’ont jamais douté de ses qualités. « Son talent et son abnégation ne font aucun doute », souligne Julien Ingrassia, ancien copilote de Sébastien Ogier et consultant pour Canal+.
Mais cela ne fait pas de lui l’héritier incontesté fantasmé par la France du sport auto. Impossible d’échapper à l’ombre des deux Sébastien, 18 titres mondiaux cumulés et vingt ans de domination. « Or Loeb et Ogier ont emprunté des trajectoires parfaites, rectilignes, sans presque jamais tomber, rappelle Julien Ingrassia. Adrien Fourmaux, lui, suit un chemin plus humain. » Donc plus heurté.
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Plusieurs fois, il aurait même pu regagner les bancs de l’université. Fin 2017, il était en mauvaise posture, mais il a sauvé sa place en fin de saison et conservé le soutien de la FFSA. Nouvelle rechute en 2023 : après des débuts difficiles avec M-Sport en WRC, il est renvoyé en WRC2, l’antichambre du championnat du monde. Beaucoup auraient calé. Lui est revenu pied au plancher. Mais il n’a toujours pas gagné de rallye en WRC, et cette attente devient une pression. « Cette première victoire est le seuil qu’il doit franchir pour entrer dans une autre dimension, analyse Julien Ingrassia. Il serait bon que ça arrive cette année. »
Le Français pâtit de l’écart entre sa Hyundai et les Toyota mais ne peut pas entièrement s’abriter derrière la technologie. Le rallye n’est pas la formule 1 : les performances du pilote pèsent davantage dans l’équation. Reste qu’Adrien Fourmaux apparaît cette année plus juste, plus mature. Il est même, à ce stade, plus performant que son champion du monde de coéquipier, le Belge Thierry Neuville. Sans doute ne sera-t-il jamais Loeb ou Ogier. Mais il pourrait devenir un jour champion du monde, et ce serait déjà beaucoup.