Alfred Richard, CEO de la start-up Nelson spécialisée dans la décarbonation des flottes automobiles, décrypte les nouvelles normes imposées par le gouvernement et l’Union européenne.
Nouvel acteur dans le monde de la gestion de flottes automobiles, Nelson se concentre exclusivement sur le sujet de décarbonation des flottes d’entreprises. « Notre métier consiste à aider les entreprises à électrifier leurs parcs automobiles notamment quand cette électrification est perçue comme une contrainte », explique Alfred Richard. Face à la crainte de rater un rendez-vous professionnel donc des opportunités de business à cause d’une batterie à plat, ou la crainte de devoir gérer des surcoûts liés au prix d’achat plus élevé des voitures électriques, Nelson dénoue le vrai du faux.
La start-up permet aux gestionnaires de comprendre en quoi l’électrification est une opportunité, aidée par des algorithmes de gestion de données. « Notre cœur de cible, ce sont les flottes de plus de 500 véhicules dont le parc automobile représente une part importante de leur bilan carbone, comme KONE, les ascensoristes aux 3.000 véhicules utilitaires itinérants, ou le laboratoire pharmaceutique Johnson & Johnson avec près de 1.000 véhicules destinés aux commerciaux que nous avons accompagnés dans cette transition ». Pour La Tribune Dimanche Alfred Richard nous éclaire sur les nouvelles normes en constant changement.
Ces normes CAFE décidées par l’Union européenne doivent rythmer depuis 2021 la production de véhicules à faibles émissions afin de tendre vers l’objectif de 2035 et l’arrêt de la commercialisation de véhicules thermiques neufs. Pour y arriver, différents paliers sont à respecter par les constructeurs, définis en fonction du grammage de CO2 par kilomètre moyen sur une année de production.
L’idée consiste à décarboner progressivement et augmenter la proportion de véhicules électriques (VE) qui sortent des usines sous peine d’amende pour les constructeurs. Il y avait un nouveau palier plus contraignant à franchir entre 2024 et 2025, mais les grandes marques ont demandé un assouplissement de cette règle sans remettre en cause l’objectif de 2035. Comment ? En lissant l’augmentation du nombre de VE sur 3 ans 2025, 2026, 2027 pour éviter les lourdes amendes.
LOM, loi d’orientation mobilité et TAI, taxe annuelle incitative
Considérant que les flottes d’entreprises représentent autour de 60 % des immatriculations de véhicules neufs, il est essentiel pour la filière automobile d’électrifier les parcs d’entreprise pour accélérer la pénétration des véhicules électriques afin d’atteindre ces quotas CAFE, et surtout créer un marché de l’occasion pour le grand public. Jusqu’à présent les entreprises dont la flotte dépasse 100 véhicules devaient respecter un certain quota de VE, c’était la loi LOM qui n’était pas contraignante à l’origine : il fallait annoncer le nombre de commandes de véhicules à faibles émissions mais il n’y avait pas d’amende.
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Ce qui a changé avec la loi de finance 2025, c’est la mise en place d’une taxe incitative au verdissement, dite Taxe Annuelle Incitative (TAI) qui remplace la loi LOM. Cette taxe incitative est en réalité punitive. La seule chose qui compte c’est le nombre de véhicules faibles émissions dans la flotte en fin d’année : objectif 15 % en 2025 puis 25 % en 2027 et 48 % en 2030. La taxe associée pourrait représenter plusieurs centaines de milliers d’euros pour les flottes qui ne jouent pas le jeu.
AEN, avantages en nature
Depuis février 2025, il y a des modifications dans la fiscalité qui touchent directement les collaborateurs : d’une part les commerciaux dotés d’un véhicule de fonction qu’ils peuvent utiliser le week-end ou pendant les vacances, et d’autre part les cadres qui ont un véhicule de fonction dit « statutaire » dont ils n’ont pas besoin pour leur travail. Il a été décidé de faire évoluer le schéma historique des avantages en nature (AEN), celui qui apparaît sur la fiche de paie du collaborateur.
Avec la réforme, pour un collaborateur qui déciderait de rester au thermique, le montant sur la fiche de paie augmente de 50 à 67 % alors qu’il y a un abattement pour les véhicules électriques. C’est une mesure qui incite les collaborateurs à faire le choix de l’électrique dès cette année ou dès qu’ils arriveront en fin de contrat.
CEE ou C2E, certificat d’économie d’énergie
Pour favoriser l’achat de véhicules électriques ou utilitaires légers fabriqués dans l’UE et figurant sur la liste de véhicules « éco scorés » établie par l’ADEME, le bonus écologique a été converti sous la forme de Certificats d’Économie d’Énergie (CEE ou C2E) financés non plus par l’État mais par les énergéticiens qui viennent compenser l’économie d’énergie fossile permise par le véhicule électrique.
Ce procédé vient directement diminuer le tarif du véhicule jusqu’à 4.500 € pour les véhicules utilitaires légers. Les constructeurs ou loueurs gèrent directement cette nouvelle “prime à l’achat”. Cela contribue donc à réduire le TCO acronyme de Total Cost of Ownership (ou coût total de possession), c’est-à-dire l’ensemble des dépenses liées au véhicule qui varient bien sûr en fonction de l’utilisation. Car si le prix de départ de la voiture baisse grâce au CEE, le TCO au kilomètre diminue aussi.