« Les filles s’éclatent à l’entraînement » : au FC Nantes, l'équipe féminine vit une saison historique
Alors que le FC Nantes file vers la Ligue 2, son équipe féminine fait sensation en Première Ligue et vise les play-offs. Avec une approche fidèle à l’ADN du club.
Ce 22 avril, certains supporters du FC Nantes hésiteront sans doute au moment d’allumer leur télévision. D’un côté, une équipe masculine au bord du gouffre — triste 16e de Ligue 1 avant la réception de Brest aujourd’hui (17 h 15) — qui affronte le Paris Saint-Germain et ne croit plus vraiment au maintien. De l’autre, des féminines flamboyantes qui peuvent acter leur qualification en phase finale de Première Ligue contre l’Olympique de Marseille. Un scénario qui serait historique pour les Nantaises, quatrièmes à trois journées de la fin après seulement deux saisons dans l’élite.
« On mérite cette place en play-offs, estime l’entraîneur Nicolas Chabot. Elle récompenserait le travail effectué ces dernières années pour développer la section féminine. » En 2025-2026, les Canaries n’ont perdu que cinq matchs et signé plusieurs succès de prestige comme face au Paris FC, à l’aller et au retour. Elles se sont aussi distinguées par d’alléchantes séquences collectives qui ont ému les nostalgiques du jeu à la nantaise. Modèle du genre, l’un des trois buts inscrits fin mars à Strasbourg a fait le tour des réseaux sociaux.
Ce parcours est d’autant plus notable qu’à l’été 2023 le FCN était repêché de justesse en D2 après une saison « catastrophique », comme le décrit Charlotte Lorgeré, son ancienne capitaine devenue consultante pour Ligue 1+. « Il n’y a pas un autre club qui soit parti d’aussi bas », poursuit-elle. Trois ans et une montée en première division plus tard, les Nantaises rivalisent donc avec l’OL Lyonnes, le PFC et le PSG, les trois locomotives du football féminin français, avec lesquelles elles disputent encore une des trois places en Ligue des champions. « On ne pouvait pas faire les choses plus vite », sourit Nicolas Chabot.
Selon Charlotte Lorgeré, cette réussite s’explique par l’approche « à l’espagnole » du coach de 31 ans, passé en stage par le FC Barcelone et la Real Sociedad. « L’intensité, sortir de derrière, valoriser les petits profils techniques: on est presque dans le cliché », détaille l’intéressé, Nicolas Chabot. S’ajoutent à cela des méthodes d’entraînement dites « participatives », où les joueuses ont leur mot à dire dans la création des séances. « Nico casse les codes, apprécie Charlotte Lorgeré. Les filles s’éclatent à l’entraînement et c’est pour ça que ça marche. »
Relégation et voilure
En matière de recrutement, le staff a les mains libres. La famille Kita, propriétaire du club depuis près de vingt ans et très critiquée par les supporters, ne fait que valider les principales opérations financières, dont le montant est anecdotique par rapport à ce qui se pratique chez les hommes. Le budget de la section féminine ne dépasse pas 3 millions d’euros contre 50 pour l’équipe masculine. Le quotidien est chapeauté par l’association FC Nantes : une structure juridique distincte qui gère aussi l’école de foot.
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Au fil des mois, les performances des joueuses de Nicolas Chabot ont conduit certains supporters à se désintéresser des péripéties des pensionnaires de L1, qui ont déjà usé trois coachs cette saison. « Chez les hommes, la seule ambition, c’est le maintien, souffle Lucas Debruyne, qui a créé en 2024 le premier groupe dédié aux Canaries. Là, il y a un vrai projet avec une idée de jeu bien précise et des joueuses choisies pour s’y adapter. » Depuis leur montée, elles ont joué quatre matchs au stade de la Beaujoire, devant plus de 10.000 spectateurs.
Reste que le malheur des uns ne fait pas le bonheur des autres : une relégation de l’équipe masculine en Ligue 2 pourrait conduire le club à réduire la voilure de ses autres sections. À l’instar de Dijon, dont l’équipe féminine est menacée de disparition.
Nicolas Chabot admet « une forme d’inquiétude » alors que ses joueuses pâtissent déjà d’un manque d’infrastructures et s’entraînent parfois hors du centre de la Jonelière. Il préfère pour l’heure se projeter sur les play-offs. Si ses joueuses l’emportent à Marseille et que ni Dijon ni Fleury 91 ne gagnent, la qualification serait validée dès cette semaine.