ENTRETIEN – Le 19e mondial, trentenaire, a vécu la longue éclipse d’un sport remis en lumière par les frères Lebrun. Il partage ses souvenirs, parfois douloureux, du monde d’avant.Le tennis de table français a existé avant Félix et Alexis Lebrun, et Simon Gauzy en était le chef de file. Une décennie 2010 ingrate où les résultats, très honorables, passaient inaperçus.
À 31 ans, le Toulousain forme avec les coqueluches une nouvelle puissance, médaillée olympique (bronze) et mondiale (argent), puis championne d’Europe l’an dernier. Un nouveau podium peut être envisagé aux championnats du monde par équipes, à partir de ce 28 avril, à Londres.
LA TRIBUNE DIMANCHE – À quoi ressemblait le tennis de table français avant les Lebrun ?
SIMON GAUZY – On m’a vu très haut. J’ai été classé parmi les dix meilleurs mondiaux et ai atteint la finale du simple aux championnats d’Europe en 2016. Une finale 100 % française, remportée par Emmanuel Lebesson, sorti de nulle part. Perdre ce match m’a fait très mal, mais à partir de là j’ai aussi joué de mieux en mieux. Avec les Lebrun, notre exposition n’a plus rien à voir. Ils sont très reconnaissables et accumulent des résultats probants. C’est la magie de leur duo.
Vos compagnons de route Emmanuel Lebesson et Quentin Robinot ont raccroché l’an dernier. La fin d’une époque ?
Oui, c’était un sentiment bizarre. Quentin a d’abord levé le pied, puis Manu, qui a tenu autant que possible, a fini par convenir que la concurrence était devenue phénoménale. Sans monter aussi haut que Félix et Alexis, notre génération a fait un bon bout de chemin, avec trois médailles de bronze consécutives aux championnats d’Europe par équipes [entre 2015 et 2019]. Mais aujourd’hui, le ping français a atteint un tout autre niveau.
J’ai connu un top 5 qui était 100 % chinois ; aujourd’hui, il y a un seul Chinois, des Européens, un Brésilien… Cela a été si longtemps impensable que ça me perturbe.